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 Fiction - Les ailes arrachées [partie 2]

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Royaume du bout de l'océan
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les ailes arrachées [partie 2]   Ven 16 Juin - 21:12

J'adore tellement encore, comme d'habitude !!!!! Je suis trop heureuse de te lire comme à chaque fois

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La vengeance est un plat qui se mange froid, voir glacé.
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Rebelle
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les ailes arrachées [partie 2]   Ven 14 Juil - 20:41


Chapitre XXI : Confrontation


« Il était une fois un Roi,
Le plus grand qui fût sur la Terre,
Aimable en Paix, terrible en Guerre,
Seul enfin comparable à soi. »

- Charles Perrault, Peau d'âne



Pendant plusieurs longues minutes et comme trop souvent, je le concède, je ne fus plus maîtresse de rien. Allongée ventre à terre sur le sol du navire, je fermais les yeux et j’attendais. Mes paumes plaquées contre mes oreilles ne savaient empêcher mes tympans de subir l’assaut violent et répété des canons, pas plus qu’elles ne me dissimulaient la respiration saccadée de Gabriel, allongé juste à côté de moi, dans une position que je devinais similaire à la mienne malgré mes paupières closes. Cela sembla durer une éternité, et les canons sifflèrent à mon oreille longtemps après que le dernier d’entre eux se soit tu. Les tirs avaient cessé. J’ignorais pourquoi mais je n’osais pas, quoi qu’il en soit, me relever. Ce fut de force qu’on me redressa, qu’on me remit les pieds au sol. Des gardes royaux, féeriens ceux-là, avaient rejoint notre embarcation et l’un d’entre eux me maintenait fermement les bras, ignorant la moindre de mes tentatives pour me débattre. Mes yeux à nouveau ouverts balayèrent l’espace autour de moi, un autre garde tenait Gabriel en joux, quoi qu’avec plus de réticence que l’on en mettait à me figer, et beaucoup plus que celle dont un autre garde encore faisait preuve vis-à-vis de Nathaniel, qui avait fait glisser son épée sous son menton, la lame à plat contre sa gorge. L’ancien prisonnier ne se débattait pas. Il semblait seulement attendre. Son compagnon le plus fidèle – je parle bien sûr de son sourire – lui collait au visage avec une nonchalance que j’aurais presque été tentée de prendre pour de la naïveté. Son regard croisa le mien, je crus lire comme un message au creux de ses prunelles. Un quelque chose comme « Fais-moi confiance, tout se passera bien ». Ce en quoi je ne pouvais croire, ce en quoi je n’aurais jamais dû croire. Gabriel gardait, de son côté, la meilleure contenance possible, mais il était à la frontière des sanglots. Moi, j’espérais juste me sortir de là, et la passivité de Nathaniel était proche de me mettre en rogne. De même que celle de Latika et de ses frères, témoins de la scène, qu’aucun garde ne venait appréhender. Nous servions de monnaie d’échange, il était apparemment temps que nous fassions usage.

On nous fit descendre sur une misérable barque bancale. L’eau la traversait de toute part, et son froid glacé faisait naître des salves de frissons dans mon échine. La neige tombait toujours. Le rivage était clairsemé de poudreuse, et le froid s’intensifiait à mesure que nous quittions l’océan pour retrouver des terres qu’il me semblait avoir quittées il y a une éternité de cela. Je savais où nous allions. Je reconnaissais la route aux pavés désormais glacés, et les tours hérissées du château royal tranchaient impérieusement avec le ciel d’un blanc pur. Je tournai successivement mon regard vers Gabriel et Nathaniel, l’un semblait inquiet, l’autre impatient. C’était là, c’était maintenant. C’était sans doute le moment que Nathaniel avait attendu tout ce temps. Mais moi, je n’avais rien exigé de tel. Moi, je n’avais rien demandé de cela, et je ne voyais nulle matière à me réjouir. À mesure que nous approchions la demeure royale, je sentais de la colère sourdre en moi. C’était là que tout avait commencé. Je me rappelai cette nuit où Edgar m’avait surprise, prête à fuir, je me rappelai Anthony, ma robe de mariée à la main… les fiançailles de Gabriel et Anna, les yeux terribles, les crocs tranchants de la créature qu’elle était devenue quand elle avait voulu s’attaquer à moi… Je me rappelai ces quelques nuits passées dans le lit de Gabriel, à subir mon désintérêt pour lui comme il souffrait du mien. Tout, tout avait commencé ici. Tout se terminerait ici. Ou presque. En tout cas, tout se terminait dans la neige. Mais ça, vous le savez déjà.

– Laissez-nous seuls, ordonna la voix glacée du roi quand nous atteignîmes ce qui devait être son bureau.

Une tapisserie chargée de couleurs criardes décorait ces lieux autrement sobres. J’oubliais presque que les choses pouvaient être si colorées. Mais ça ne changeait rien. Bien vite, mon attention se focalisa sur l’homme aux yeux gris glacier qui nous faisait face, et toute couleur alentour sembla pour le moins s’estomper. Puis je pris conscience de la présence effacée de l’homme à côté de lui. Il était amaigri, son teint pâle presque transparent, ses yeux vitreux, mais c’était bien lui, Anthony était là, et il était en vie. Les gardes semblèrent hésiter, se regardaient, dubitatifs, proches de protester, mais ils abandonnèrent finalement toute tentative de révolte, même au nom de la protection de leur maître, quand retentirent comme un claquement de fouet les quelques mots suivants.
– Tout de suite.
Ils n’insistèrent pas davantage, quittant la pièce d’un même mouvement, refermant la porte derrière eux. Le silence qui s’ensuivit laissait tout de même deviner qu’ils n’étaient pas partis très loin.
– Après dix-neuf ans, tu n’as rien trouvé de moins grossier, comme plan, constata Edgar d’un ton qui semblait presque dépité.
Si Gabriel et moi n’avions pas bougé, à quelques mètres seulement du fugitif, le monarque ne semblait pas vraiment constater notre présence.
– La subtilité n’a jamais été mon rayon, tu le sais bien, tout le monde ne peut pas être aussi pernicieux que toi. Mais je crois que j’ai réussi mon coup.
– Tu n’as rien réussi du tout, répliqua sèchement Edgar. Je gagnerai cette guerre comme la précédente, et je serai un héros.
– Sans faire couler la moindre goutte de sang ? Sans déstabiliser l’équilibre de ton utopie de pacotille ? J’en doute fort. Admets-le, j’ai gagné. Tu n’es le héros de personne, tu ne l’as jamais été. Regarde autour de toi, tout le monde t’a tourné le dos, même ton propre fils.
La lueur que je découvris dans le regard d’Edgar fut alors terrifiante.
– Tu n’as plus rien, tu n’es plus rien, poursuivit Nathaniel, inarrêtable dans son propos. Aujourd’hui, c’est moi qui vais gagner. Dans quelques secondes, tu seras mort.
– Tu me connais si mal, encore… Son regard toisa un instant celui de son némésis, avant de finalement s’intéresser à nous, comme s’il venait à peine de constater notre présence. Gabriel, retourne à tes appartements, tu veux bien ? Et emmène Eleonore avec toi, tu en as assez fait, comme ça. Nous avons de vieilles histoires à régler, juste tous les trois.
– Non, répliqua le prince avec un remarquable aplomb.
Edgar poussa un soupir.
– Tu ne sais jamais être vaillant au bon moment, déplora-t-il. Va-t’en, je t’ai dit, ordonna-t-il plus sèchement, et tout sera pardonné.
– Il n’en est pas question.
Edgar nous regarda successivement, Gabriel et moi, puis, d’un ton empreint d’une profonde lassitude, il tira un pistolet de sa ceinture, et le pointa dans ma direction.
– Elle ne m’est plus d’aucune utilité, tu le sais, je n’hésiterai pas à tirer, alors fais ce que je t’ai dit, grandis un peu.
Je sentis Gabriel tressaillir, juste à côté de moi, mais il tint bon malgré tout, les poings serrés.
– Non, répéta-t-il alors, sûr de lui. Je crois qu’il n’avait jamais tant prononcé ce seul mot de toute sa vie.
– Tu l’auras voulu.
Tout se passa très vite… trop vite, les coups fusèrent en même temps, celui de son pistolet, celui de mon revolver, la vieille arme dont Anthony m’avait fait don dans une autre vie, qui avait tué la sorcière, qui avait escaladé des tours, traversé des océans, subi la chaleur étouffante du désert.

Par réflexe, j’ai tiré.
Lui aussi.

– Non !
Ce n’était pas la voix de Gabriel, cette fois, qui prononçait ce « non » fatidique, et pour cause, Gabriel ne dirait plus jamais « non », Gabriel ne dirait plus jamais rien. Anthony, comme enfin tiré de l’état de transe où on l’avait laissé jusqu’alors, se précipita vers Gabriel. Moi, je restais quelques secondes interdite, sonnée. Mon revolver encore brûlant s’écrasa au sol dans un bruit sourd. La balle qui m’était destinée avait creusé son nid entre les côtes du prince. Son regard, ce regard où je voyais la vie s’éteindre, était tourné vers moi tandis qu’Anthony cherchait désespérément à soigner avec rien une blessure trop profonde. Sa main était tendue vers moi, j’aurais dû la tenir avant qu’elle ne s’affaisse dans un dernier souffle, mais je n’ai pas bougé. J’en étais incapable.
Il n’y avait plus rien sinon les sanglots d’Anthony, le gargouillis ignoble du sang qui obstruait la bouche d’Edgar, étalé au sol lui aussi, à un mètre à peine.
Et le bruit sourd d’une porte que l’on ouvre avec fracas.


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Message#Sujet: Re: Fiction - Les ailes arrachées [partie 2]   Ven 14 Juil - 21:11

Mon petit coeuuuur !!!!
Mais qu'est-ce que j'adore

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les ailes arrachées [partie 2]   

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