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 Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]

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Féeriens
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Message#Sujet: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 10 Nov - 21:49

C'est parti pour la troisième et dernière partie 🐝 🐝 🐝

Les Ailes Arrachées
Partie 3 - ... Et une fois il sera



Prologue




Six ans… Six ans que la couronne du royaume de Féerie orne fièrement ma tête. Par moments, j’ai le sentiment que des siècles se sont écoulés, comme si je portais sur mon dos le poids d’âges antérieurs à ma propre vie… Puis, en d’autres occasions, tout me paraît avoir été hier. Cette odeur de sang, de poudre et de neige, le regard fixe de Gabriel, posé sur un ciel inconnu… Ce n’est que lorsque je retrouve Daphné que le temps semble reprendre ses droits, me rappeler l’exactitude de son écoulement… Elle n’a plus rien de l’enfant muette que j’avais vue pour la première fois dans sa sombre cellule de l’île des soupirs. C’est une jeune femme, à présent, et si son regard naturellement volontaire se voile par instants de souvenirs douloureux, de ces démons qui ne la quitteront jamais, elle semble capable de porter à bout de bras le monde dans son entier. Je l’admire, je n’ai jamais su faire preuve de tant de force de caractère. Mais je n’ai jamais non plus vécu ce qu’elle a vécu.

– Tu as mis longtemps à revenir, prétend-t-elle de se plaindre quand, se dégageant de son étreinte, elle me regarde de haut en bas.
Même après tout ce temps, je crois qu’elle peine à me reconnaître, et je la comprends. Attifé de mes plus beaux atours, je me sens toujours inconfortable dans ma tenue royale. Je n’ai pas voulu de ce rôle, il appartenait à Gabriel et à lui seul.
– Et toi, tu mets du temps à rentrer, je lui réponds alors simplement.
– Je ne retournerai pas là-bas.
– Je sais, dis-je simplement.
Et je le sais, en effet. Je lui ai proposé, en découvrant qu’elle était toujours en vie et sous la protection du sultanat du bout de l’océan, de me rejoindre à Féerie, je l’aurais adoptée, elle aurait vécu au château… Elle n’a pas voulu. J’ai eu peine à le comprendre, d’autant qu’elle n’a jamais voulu m’expliquer de quelle manière elle avait survécu. Je sais seulement qu’elle a une dette envers Minati, et je crois qu’elle considère ne pas s’en être encore acquittée. Je la comprends, mais je le déplore. Par égoïsme, bien sûr, puisque je me sens seul de mon côté de l’océan. Sans Gabriel. Sans Nathaniel. Sans Eleonore. Sans Edgar, même. Et sans Daphnée, bien sûr.
Le regard de Daphnée a changé. Comme si j’avais pensé trop fort. C’est peut-être le cas. Elle observe beaucoup, elle a passé la majeure partie de sa vie à regarder, silencieusement. Aussi ne serais-je pas surpris qu’elle sache mieux que quiconque cerner ce qui échappe aux autres, ou ce qu’ils voudraient garder pour eux. La question qu’elle me pose alors ne doit que me le confirmer.
– Tu m’en veux ?
Je hoche la tête de gauche à droite. Non, bien sûr que je ne lui en veux pas. C’est à moi que j’en veux, et pour bien d’autres raisons. Elle me répond par un fin sourire.
– Pourquoi tu ne viendrais pas, toi ? ajoute-t-elle alors d’un ton qui tolère à peine que je remette sa suggestion en question.
– Et qui gouvernerait Féerie, alors ?
Daphnée haussa les épaules.
– Quelqu’un d’autre.
Elle-même sait que c’est impossible.
– Tu as voulu fuir ce que tu as vécu là-bas en restant ici, moi j’essaye d’oublier ce que j’ai vécu ici en restant là-bas.
C’est malheureusement trop vrai. Daphnée m’observe un instant sans rien dire, puis finalement, articule deux mots qui en exigent des milliers d’autres.
-Raconte-moi.




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Féeriens
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 10 Nov - 21:50


Chapitre I : Le retour du roi


« Anne, soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? »





Une épaisse couche de brume recouvrait l'océan d'un halo grisâtre. dans cette densité brumeuse se perdait le moindre écho de voix, la moindre lumière stellaire. La nuit avait rarement été aussi calme, et il fallut attendre l'appel de sa soeur pour que la jeune fille cesse de se perdre dans sa contemplation silencieuse.
-Anne, soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? s'exclamait-elle depuis la chambre voisine.
La concernée poussa un soupir las.
-Ne me le fais plus répéter, je te l'ai déjà dit, je ne vois que le ciel qui...
Elle n'acheva pas sa phrase. L'épaisse couche de brume s'était teintée de jaune, des dizaines de spectres orangés agitaient soudain la surface de l'eau.
-Quoi ? Le ciel qui quoi ?
Alarmée par ce silence, la jeune fille de la chambre voisine s'était précipitée auprès de sa soeur, et instinctivement, avait suivi son regard. Des bateaux, leurs bateaux s'avançaient tranquillement vers la plage.
-Ils sont revenus !



– Il est rentré !
La voix de Nathaniel, débordante d’un enthousiasme que je trouvais totalement inapproprié à l’heure matinale, résonna à mon oreille et me tira de mon sommeil si brutalement que je l’accueillis dans un sursaut. Hébété, je rajustais maladroitement ma chemise tout en me redressant sur mon lit pour porter un regard plus attentif à mon interlocuteur. Nathaniel, le bras croisés, dans l’encadrement de la porte, arborait l’un de ces sourires fiers et conquérants que je ne lui connaissais que trop bien. Même alors, il souriait toujours. Mais ses sourires n’étaient pas les mêmes, ils étaient le reflet de son flegme, de sa jeunesse incandescente, de la nonchalance qu’il assumait toujours avec une malice certaine. Edgar se tenait juste à côté de lui, manifestement impatient, même s’il faisait preuve comme toujours de plus de réserve.
– Il est quelle heure ? bredouillai-je d’une voix roque encore alourdie de sommeil.
– On s’en moque, argua-t-il en s’approchant de moi, me tirant par le bras sans ménagement. Il est rentré, je te dis.
Forcé et contraint, je m’extirpai de mon lit dans un bâillement que je ne pris pas la peine de masquer.
– Qui ça ?
Nathaniel poussa un soupir exaspéré, très nettement exagéré. Il était un comédien constant. Par instants, son jeu était suffisamment subtil pour que les esprits les plus aiguisés s’y méprennent. Mais là, il ne prenait pas vraiment la peine d’être convaincant, en réalité. Il me narguait, tout simplement, parce que je n’avais pas l’esprit clair, je n’avais jamais l’esprit clair au petit matin. Pourtant, j’aurais immédiatement dû comprendre.
– Dorian, évidemment. La flotte a amarré il y a une heure.
A l’évocation de ce nom, je me sentis pleinement réveillé. J’attendais son retour depuis des semaines. Au fond, je me haïssais de ne pas être le premier au courant. Le sourire de Nathaniel s’élargit. Il ne me connaissait que trop bien, il savait forcément quelles pensées m’animaient à la perspective de le revoir.
– Allez, habille-toi, et en vitesse, on t’attend dehors.

Fébrile, le cœur battant, aussi bien réveillé à présent que si j’avais quitté mon lit depuis des heures, je m’habillais très rapidement. Il ne me fallut que quelques secondes pour rejoindre Edgar et Nathaniel hors de ma chambre. Secondes que ces derniers trouvèrent suffisantes pour s’engager dans une conversation animée qu’ils interrompirent brutalement aussitôt que je dépassais la porte. C’était une chose qui arrivait très souvent. Il n’était pas rare que j’intervienne involontairement au cours de l’une de leurs mystérieuses conversations, dont ils semblaient ne pas me trouver digne, puisqu’ils ne les partageaient jamais avec moi, souvent, pour cette raison, je me sentais exclu, mais je me taisais, n’en disais jamais rien. Je m’estimais chanceux d’être leur ami, j’acceptais de ne pouvoir jamais éprouver la même complicité qu’eux. J’attendais aussi pour cela avec impatience le retour de Dorian, pour rétablir l’équilibre de notre quatuor, dissonant quand l’un de ses membres venait à manquer. Et je devais le constater d’autant plus sévèrement dans les temps à venir. Nous nous adressâmes un simple signe de la tête, et nous sommes dirigé de concert jusqu’aux appartements du roi… pour être accueillis par le regard sévère et électrique qui n’avait de commun avec les yeux de mon ami que le bleu profond.


– Le roi se repose, dit-elle d’un ton froid au possible.
– Bonsoir à vous aussi, Rose, répondit Nathaniel, tout sourire, arborant sur lui comme une tenue sur mesure l’immense insolence qu’il avait toujours adressé à cette femme.
La mère du roi veillait sur son fils comme une sorcière sur ses chaudrons. Ne lui manquait que les ongles crochus et la silhouette décharnée pour parfaire l’illusion. Si elle savait faire preuve d’une certaine indulgence à mon adresse et à celle d’Edgar, elle vouait à Nathaniel un mépris qu’elle ne dissimulait guère. Et pour cause, Nathaniel n’était le fils de personne. Enfant trouvé, il avait été adopté par la camériste de Rose à ses cinq ans. Rose l’avait tolérée, par respect pour sa mère adoptive, depuis sa mort, elle ne demandait qu’à le voir quitter le château et la terrible influence qu’il avait sur sa progéniture. Mais cette fameuse progéniture, alors, était monté sur le trône, et si elle soufflait encore à l’oreille du roi si fort que ses décisions portaient sa voix, elle ne pouvait lutter contre l’amitié que Dorian lui portait, qu’il nous portait à tous.
– Laissez, mère, fit la voix de Dorian derrière la porte qu’il ouvrit à la volée.
Un sourire lumineux et sûrement idiot éclaira mon visage quand je l’aperçus dans l’embrasure. Il était toujours le même, quoiqu’un peu amaigri, et les yeux cernés de fatigue. Une masse de chevelure brune sur un visage d’ange aux yeux océan. Lui aussi souriait. Ignorant le regard courroucé de sa mère, il ouvrit plus grand la porte.
– Allez, entrez, sourit-il en évitant d’adresser un regard de plus à sa génitrice. Au fond, il s’en voulait sans doute. Dorian adorait sincèrement sa mère. Il voulait seulement ignorer le choix qu’elle n’avait de cesse que de lui imposer.
Il referma la porte derrière eux et nous prit dans ses bras avec chaleur. Mon cœur cessa de battre quelques secondes quand je sentis son souffle contre mon cou, même si cela ne dura qu’un fragment d’instant.

– Alors comme ça, on est trop fatigué ? le railla gentiment Nathaniel en lui donnant un léger coup de coude.
– C’est bon, j’aimerais t’y voir, toi, répliqua Dorian, dont l’enthousiasme de retrouver ses meilleurs amis était au-delà de flagrant.
– Moi aussi, j’aimerais m’y voir, répliqua Nathaniel, et j’ignorais combien il le pensait alors. Pauvre roi que tu es.
– Alors, comment c’était ? l’interrompit Edgar, qui daignait enfin prendre la parole. Un peu comme toi, il l’économisait beaucoup, mais pas pour les bonnes raisons.
Le visage de Dorian s’illumina nettement, de toute évidence, il avait impatiemment attendu que la question lui soit posée.
– Aucun mot ne suffirait à le décrire, j’en ai peur. Des immenses plages de sable fin, un soleil brûlant qui manque de vous arracher la chair en plein jour, des mosaïques grandioses, des palais somptueux. Des hommes à la peau dorée, des femmes… Il laissa sa phrase en suspens, nous laissant le soin de tout imaginer. De trop imaginer, dans mon cas. Mais ils ont tant à apprendre, encore…
– Que comptes-tu faire, alors ? demanda Edgar d’une voix avide.
– Ce qu’il y a de plus évident à faire, affirma-t-il en souriant. Y établir des colonies. Plusieurs de mes hommes sont restés sur place, d’autres embarcations seront prêtes à partir d’ici une semaine.
– Tu comptes repartir avec eux ? me surpris-je à demander alors, question que je regrettai d’avoir posé aussitôt qu’elle s’échappa de mes lèvres, car sa réponse fut à la fois attendue et terriblement déplaisante.
– J’aimerais tant… Mais pas tout de suite, en tout cas. Il faut bien quelqu’un pour gérer ce fichu royaume, pas vrai ?
– Si tu veux que je prenne la relève…, sembla plaisanter Nathaniel.
– N’abuse pas, toi, répliqua Dorian. Il poussa un soupir de contentement. Vous m’avez beaucoup trop manqué, les gars.
– Encore heureux, rétorqua le futur prisonnier.
Dorian nous parla plus longuement du royaume du bout de l’océan, mes yeux brillaient d’enthousiasme à chaque mot qu’il prononçait, et je m’abreuvais de ce tableau idyllique.

J’y croyais. Je croyais à tout. En ces descriptions flamboyantes, en ces retrouvailles…
Bientôt, pourtant, je ne croirais plus en rien.




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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 10 Nov - 22:22

J'adoooooooooooooooore tellement tellement tellement

Je suis tellement contente de les retrouver tous, de te lire de nouveau, ça m'avait trop manqué !!!!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 10 Nov - 22:42

Je suis contente Razz

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Déc - 21:21


Chapitre II : L'enfant sacrifié


« À l’ouïr sanglotter et les nuits et les jours, on jugea que son deuil ne lui durerait guère,
Et qu’il pleurait ses défuntes amours comme un homme pressé qui veut sortir d’affaire. »

Charles Perrault, Peau d'âne.



Deux années s’étaient écoulées depuis que le roi avait mis pour la première fois les pieds de l’autre côté de l’océan. Dès lors, il devait s’y rendre beaucoup trop régulièrement. Nous voyions notre roi, mais surtout notre ami, de moins en moins. Souvent, il emmenait Edgar, notre aîné, avec lui. Quant à Nathaniel et moi, nous ne pouvions qu’espérer rejoindre ces plages de sable fin qui nourrissaient notre imaginaire de mille images idylliques. Dorian nous promettait parfois de nous emmener avec lui. Mais cela n’arrivait pas. Nathaniel était trop jeune, et moi, j’avais mes propres responsabilités, au château. Aussi, nous rongions notre frein, prétendions ne pas sentir l’harmonie de notre groupe se déliter un peu plus à chaque jour qui passait. Nous mîmes longtemps à articuler cette pensée, mais je crois bien que nous appréhendions tous deux que ce royaume ne nous les retire pour de bon. Dorian, tout roi qu’il était, ne pouvait se permettre de s’absenter trop longtemps, mais à chaque retour, il me semblait un peu plus absent, et quand bien même je le sentais toujours heureux de nous revoir, une part de lui paraissait être demeurée là-bas. Quant à Edgar… c’était à peine s’il semblait se rappeler que Féerie était sa patrie. Que faisait-il sur ces terres colonisées ? Même à Nathaniel, je crois qu’il n’en avait rien dit… Sa frustration était en tout cas évidente.

Edgar n’avait pas jugé nécessaire, d’ailleurs, d’être présent à la naissance de sa fille… Aussi ne fut-il pas présent non plus à la mort de son épouse. Le hasard voulut qu’il rentre seulement à temps pour son enterrement. Quand on mena Esther au caveau familial, le ciel était d’un bleu éblouissant, comme Féerie n’en avait pas connu depuis plusieurs longues semaines. Le soleil nous narguait, et Edgar en particulier, lui refusant de dissimuler ses larmes sous un masque de pluie. Edgar avait aimé son épouse, profondément, et même si l’annonce de sa grossesse avait détruit jusqu’aux fondements de leur complicité, sa souffrance, ce jour-là, avait été on ne peut plus sincère. Et nous eûmes tous le sentiment de perdre alors un membre de notre famille. A distance, tremblant d’émotion, je voyais Nathaniel poser sur l’épaule d’Edgar une main compatissante tandis que Dorian adressait à Esther l’hommage le plus vibrant qu’il ait su composer dans le peu de temps qui lui avait été accordé pour le créer. Edgar n’avait pas voulu prononcer le moindre mot, une ultime punition adressée à la femme adultère qu’il ne savait que prétendre haïr, sans que quiconque s’y laisse véritablement prendre, y compris lui… Les cris de Bertille interrompirent son discours. Des cris stridents, insupportables, déchirants.. Elle ressentait sans doute l’ambiant climat de douleur et de deuil qui épaississait l’atmosphère. Nous adressions à l’enfant un regard tolérant. Seuls deux yeux sévères la fusillaient, fermement décidés à interrompre sa crise de larmes.

-Faites-la taire.

Sa voix, déterminée et cinglante, était sans appel. Nous échangeâmes tous un regard circonspect… Mais Edgar reprit la parole, sans revenir sur les propos qu’il venait juste de prononcer.

-Faites-la taire, répéta-t-il fermement, je ne veux plus la voir.

L’assistance, atterrée, demeura un instant interdite, jusqu’à ce que Nathaniel abandonne la compagnie d’Edgar pour prendre Bertille des bras de sa nourrice. L’enfant continuait de hurler dans ses bras, à s’en arracher les poumons. Nathaniel s’éloigna jusqu’à ce que les cris se changent en murmures, et que plus rien ne se laisse entendre.

Edgar ne réclama pas sa fille, il ne chercha pas à la voir ni à la prendre dans ses bras. Ni ce jour, ni les suivants. Si Esther ne l’avait pas nommé sur son lit de mort, Bertille serait certainement restée une petite anonyme… Et c’est tout ce que je lui aurais souhaité.

– Tu sais, fit Nathaniel à l’adresse de la petite qui l’observait depuis ses grands yeux ronds. Moi aussi, je suis un enfant de rien. Et je suis heureux.
Je le voyais s’exprimer avec toute la candeur de l’adolescence, je ne devinais pas ce qu’il y avait de plus sérieux et profond dans les propos qu’il adressait alors à ce bambin d’une petitesse ridicule, dont le corps frêle se perdait au creux de ses manches. Edgar avait conduit la petite dans ses appartements le temps de la calmer. Ses larmes avaient cessé de couler. Elle babillait maladroitement, à présent, ses petites mains agrippant tout ce qui pouvait passer à portée de ses doigts d’enfant. Je les avais rejoints peu de temps plus tard, une fois la cérémonie terminée.
– Tu devrais peut-être la rendre à son père, hésitais-je d’une voix peu convaincue.
Il ne daigna pas répondre. Il savait pertinemment que l’un comme l’autre, nous considérions que c’était une mauvaise idée.
– Tu lui as parlé ? demanda-t-il, à la place.
Je fis non d’un signe de la tête. J’ai bien envisagé de le rattraper, quand tout fut terminé, mais je n’avais jamais su trouver les mots pour m’adresser à Edgar. Et à un Edgar désespéré et en colère encore moins. Le seul qui était sans doute capable d’avoir son attention et de lui faire entendre raison en ces circonstances était certainement Nathaniel, mais de toute évidence, il n’avait aucune envie de lui parler.

– Il va y retourner, dit-il alors.
Cette remarque venue de nulle part suscita ma curiosité. Je ne compris pas immédiatement ce qu’il voulait dire ni où il voulait exactement en venir.
– C’est normal, observai-je alors simplement, dans un haussement d’épaules.
– S’il part, il ne reviendra pas, précisa Nathaniel d’un ton sombre, que je lui connaissais rarement. Il n’avait pas attendu la prison pour être enjoué, pour constamment sourire, pour faire mine de se moquer de tout.
– Pourquoi tu…
– Esther n’est plus là, il n’a aucune raison de revenir, dit-il alors.
Je l’avais rarement vu si négatif, je l’avais rarement senti à ce point blessé, et c’était assez déstabilisant que de le voir ainsi.
– Il ne revenait pas juste pour…
Nathaniel m’interrompit d’un geste.
– Bien sûr que si…
Il soupira. Je n’ai jamais su totalement déterminer ce qui attachait Nathaniel et Edgar, eux qui étaient ceux que le plus d’années différenciaient, mais je pense qu’à cette époque, Nathaniel l’admirait, l’avait érigé en modèle. Etre arraché à lui ne devait pas être différent à ses yeux que d’être arraché à un repère fort et important. Presque familial, sans doute, Nathaniel pouvait bien affirmer n’être l’enfant de personne, il était sans aucun doute le frère de quelqu’un.
– Parle-lui…
Nathaniel détourna son regard de moi pour les poser sur Bertille.
– Ça ne changera rien. Il marqua une légère pause avant de daigner me regarder une nouvelle fois. Et toi, tu comptes parler à Dorian ?
Je me sentis rougir malgré moi. Cette fois, j’aurais apprécié qu’il détourne le regard une nouvelle fois, car l’insistance avec laquelle il me toisait à présent me mettait singulièrement mal à l’aise, à plus forte raison que je savais pertinemment qu’il avait raison, je ne devais pas me taire. Nathaniel répliqua par un sourire.
-– Je pense qu’il a rencontré une femme, là-bas, ajouta-t-il sans que je m’y attende.
– Tu crois ?
Ma voix me trahissait sans doute trop, mais en même temps, il y a bien longtemps que Nathaniel m’avait percé à jour.
– C’est évident, affirma-t-il alors. Il poussa un léger soupir. Bientôt, il n’y aura plus que nous deux.
Bertille s’agita entre ses bras.
– Enfin, nous trois…





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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Déc - 21:40

J'adoooore troooop
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Déc - 21:48

Ouuuuuuuuuuf

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 12 Jan - 21:56


Chapitre III : Le prix de l'absence






Il s’était avéré, finalement, que Nathaniel n’avait que partiellement raison. Ce qui en soi n’avait rien de très rare, au passage. Nathaniel avait bien souvent tort, mais il n’avait pas son pareil pour vous faire croire le contraire, et je m’y laissais facilement prendre. Je m’y suis toujours laissé prendre. En l’occurrence, oui, il avait eu tort, le décès de son épouse n’avait pas éloigné Edgar de Féerie, bien au contraire, il se rendait de moins en moins de l’autre côté de l’océan, et passait le plus clair de son temps au château. Ce qui n’était malheureusement pas le cas de Dorian qui lui, pour sa part, voyageait autant qu’il le pouvait. En cette période, je me mis bien vite à éprouver un vif sentiment de solitude, qui me poursuivit avec insistance sur des mois… des années, même… En l’absence de Dorian, notre quatuor ressemblait bien plus à un duo, celui que formaient Nathaniel et Edgar, et où je peinais à trouver ma place… ne serait-ce que parce que j’étais bien incapable de les comprendre. Entre eux, la situation était devenue explosive, intenable. Et je refusais de prendre parti… par lâcheté plus qu’autre chose.

Tantôt je les voyais comploter entre eux, fidèles à leurs anciennes habitudes, tantôt, ils se disputaient plus violemment que je ne l’imaginais possible entre deux personnes qui pourtant, je le savais, s’accordaient tant d’estime. Leur sujet de discorde était toujours le même : Bertille. Nathaniel l’avait prise sous son aile, l’avait pour le moins volée à sa nourrice. Je crois qu’il s’identifiait à elle, par le rejet que sa propre famille lui avait autrefois adressé. Inconséquent, il s’y prenait souvent maladroitement, mais la petite l’adorait, et plus elle grandissait, plus cet attachement se confirmait. Et Edgar, sans accepter quoi qu’il en soit d’accorder plus d’importance à la chair de sa chair, ne tolérait pas cela. Mais Nathaniel n’avait jamais été rebuté par ce qu’on ne tolère pas. Tout au contraire, même… Les hauts et les bas se succédaient, et j’en étais le témoin impuissant, qui quelque part aurait voulu jouer son rôle. Mais dès l’instant où l’on me prenait à parti, je me dérobais. J’étais je dois le dire responsable de ma mise à l’écart, mais je ne le vivais pas mieux pour autant.

Et quand Dorian daignait revenir au château, je ne me sentais pas plus à mon aise. Car oui, Nathaniel avait eu tort, mais pas sur toute la ligne. Dorian avait bien rencontré une femme, et de toute évidence, il était tombé fou amoureux d’elle. Il n’avait plus que ce nom aux lèvres. Latika. Je haïssais ce nom, je le haïssais plus que tout au monde. Je voulais arracher ce nom de ses lèvres, arracher son visage de ses pensées, sa présence de son cœur, de toutes les manières possibles. Je ne savais d’elle que ce que Dorian daignait m’en apprendre (et il ne parlait définitivement que trop d’elle), mais cela me suffisait à la détester… parce qu’elle était parfaite. Parce qu’il me vendait d’elle l’image même de la perfection, et que ça me rendait positivement malade. J’enviais tout de cette femme sublime, brillante, dangereuse, intelligente. De cette femme qui prenait grand soin de le rejeter sans que pour autant son cœur cesse de s’obstiner. Pour la peine, nos relations s’étaient détériorées, malgré moi. A chaque occasion qu’il m’était donné de le voir, je me jurais de taire ma rancœur et de profiter de sa présence, de sa compagnie. Je n’y arrivais pas. Et lui ne comprenait rien, bien sûr, comment le pourrait-il…

De cette période, je ne sais qu’avoir un souvenir nostalgique et attendri, pourtant, de me rappeler ces moments, je dois reconnaître qu’ils n’étaient que relativement heureux, en définitive. Même, ils ne l’étaient pas du tout. Dans cette période, les tensions n’étaient que trop nombreuses, entre nous tous. Mais pas seulement… Les rumeurs allaient bon train, et les protestations également. En ce temps, le peuple était autorisé à se plaindre, le peuple était autorisé se révolter… et la crainte de cette révolte rendait la Couronne disons plus attentive. En l’occurrence, la Couronne s’incarnait bien davantage en la personne de Rose qu’en celle de Dorian, et les voyages constants de ce grand absent soulevaient de nombreuses questions et de nombreux griefs de la part des Féeriens. Comment cet homme osait-il seulement prétendre les gouverner s’il se souciait si peu de son peuple, de ses terres ? On sentait sourdre un cri de révolte que Rose mieux que personne saurait contenir. Elle semblait bien être la seule au passage à s’en soucier. Quand Nathaniel et Edgar évoquaient ces mêmes rumeurs, ils m’apparaissaient… enthousiastes. Je devinais pourquoi, bien sûr, mais refusais de l’accepter. Le déni n’a rien d’une force, je le savais bien, même alors, mais il me permettait de mieux supporter, alors autant dire que j’en abusais.

Bertille venait de fêter ses quatre ans quand la nouvelle nous fut annoncée… Non, pas réellement annoncée, je doute fort que le mot convienne, ni qu’il sache retranscrire combien fut décisif ce moment, combien il me troubla et me fit mal. Dorian était de retour depuis plusieurs jours, mais c’était le premier moment qu’il acceptait de nous accorder… et le premier moment où nous nous voyions tous les trois depuis un bon moment, devrais-je constater. Le premier… et l’un des derniers, également.

– J’ai parlé avec ma mère, nous apprit Dorian sans aucune autre forme d’introduction, d’une voix si dépitée et hésitante que nous ne pouvions que savoir que la suite nous déplairait à tous.
– Si ta mère était capable de se taire…, plaisanta Nathaniel d’un ton nonchalant.
Dorian lui adressa un regard sévère que trahissait tout de même un léger sourire en coin. C’était l’un des grands soucis qu’il nous posait à tous. Il était presque impossible de lui en vouloir et de le blâmer.
– C’est important, lui apprit-il pour s’épargner de nouvelles réflexions hors de propos.
A ces simples mots, je ne savais m’empêcher d’envisager le pire, et pire encore que pire. Est-ce qu’il était arrivé quelque chose ? Fallait-il craindre pour l’avenir ? Oui et oui.
– Elle a raison, je me suis égaré, je pouvais bien me chercher des excuses, mais il est évident que j… Dorian prit une grande inspiration. Dire ce qu’il avait à dire, se décharger de ces informations, nécessitait manifestement de sa part une volonté et une force de persuasion envers lui-même infinies. Je ne dois plus retourner là-bas… Enfin, plus autant, en tout cas. Ma place est ici.
Je sentais que le simple fait de prononcer ces mots lui arrachait le cœur, et j’avais quelque scrupule à m’en réjouir à ce point, seulement, je n’y pouvais rien. Un grand sourire menaçait de décorer mes lèvres à tout instant, et je regrettais de ne pas avoir, comme Nathaniel, l’excuse de sourire sans arrêt pour dissiper mon enthousiasme. Heureusement, ce dernier osa traduire en mots ce que je ne savais exprimer de moi-même, ne voulais pas exprimer de moi-même, plutôt.
– Eh bien… Au moins, nous t’aurons plus souvent avec nous, observa-t-il en déposant une tape amicale sur l’épaule du jeune homme. C’est que tu finissais par nous manquer, tu sais.
Un reproche déguisé mais sincère, je le sentais, pourtant, le regard en biais qu’il adressait à Edgar tout en prononçant ces mots trahissait comme une certaine déception. Il ne s’agissait en définitive que d’une de ces dualités dont il avait trop bien le secret. J’espérais que ses propos décrocheraient au moins l’ombre d’un sourire à Dorian. Ce ne fut pas le cas. A la place, je le vis grimacer. Mon estomac se tordit un peu plus.

– Non, justement… Et je sentais combien ces mots étaient douloureux pour lui. Je me dois de rester ici. Mais vous… Je vous demande de vous installer là-bas.




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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 12 Jan - 22:55

Dans l'originalité comme d'habitude, mais je suis tellement fan, j'adore trooooop !!!

T'es tellement la meilleure

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 12 Jan - 23:00

C'est faux, je le suis pas du tout ! Mais merci

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Fév - 21:38


Chapitre IV : Une rose dans le désert







– Pourquoi tu ne m’emmènes pas ? répétait inlassablement Bertille de sa petite voix fluette, une petite moue triste sur le visage.

Elle s’était glissée dans ses bagages, allongée sur une pile de linge en désordre. Nathaniel ne répondait pas, à la place, il examinait la pièce de fond en comble, pour ne rien omettre d’emporter, même si le nombre d’affaires lui appartenant se limitait en réalité à peau de chagrin. Nous partions pour longtemps. Et pour longtemps à ses yeux devait signifier toujours. Bertille devait le sentir, elle aussi, et elle se montrait d’une insistance diabolique. Un moment, Nathaniel prétendit seulement ne pas l’entendre, mais les suppliques déchirantes de la petite fille pouvaient arracher même les cœurs de pierre. Il lui adressa un sourire, la tendresse sincère qui s’y découvrait, je crois que je ne l’ai vu qu’une fois, que cette fois.

– Qui va prendre ma place si je ne suis pas là, hein ?
Cette fois, ce fut à mon tour d’afficher un sourire en coin. Ce qu’il y avait d’innocence en lui, il la lui a confiée, ce jour-là… à tort, elle serait fauchée de la pire manière possible.
– Je sais pas, je m’en fiche, répliqua la petite qui, du haut de ses quatre ans, avait acquis un redoutable sens de la repartie. Nathaniel se pencha vers elle, posa ses mains sur ses petites épaules.
– Crois-moi, Dorian va avoir besoin de toi, il va s’ennuyer, sans nous. Tu ne veux pas qu’il s’ennuie quand même.
Un silence en guise de réponse. La moue toujours boudeuse.
– Je te rapporterai quelque chose, de là-bas, ajouta-t-il comme si de rien n’était.
Les yeux de Bertille s’illuminèrent légèrement.
– Tout ce que je veux ?
– Tout ce que tu veux.

Bertille quitta la chambre l’esprit un peu plus léger, mais nous anticipions l’un comme l’autre son retour, à un moment ou à un autre. Il faudrait considérer nos bagages à deux fois si nous voulions nous épargner la surprise de sa présence… que Nathaniel se serait imposée sans mal, je pense. S’il n’y avait Edgar.
– Où est-ce que je vais trouver une rose en plein désert, moi ? s’amusa Nathaniel.
Et je sentais bien qu’il s’imposait à lui-même un véritable défi.
– Tu n’auras peut-être pas l’occasion de la lui donner, constatai-je, assez défaitiste, mais à juste titre, pensais-je.
Nathaniel haussa les épaules. Cette perspective, de toute évidence, ne l’enchantait vraiment pas non plus.
– Qu’est-ce qu’il t’a dit ? demandai-je après un moment de silence, incapable de faire autrement.
Un sourire manifeste aux lèvres, Nathaniel joua les innocents comme il savait malheureusement si bien le faire.
– Qui ça ?
Je répliquai par un soupir, il me fit le plaisir de ne pas insister.
– Il m’a demandé d’aller voir sa Latika.
Je dus blanchir.
– Tu comprends pourquoi je ne voulais pas t’en parler.
– Tu parles, c’était uniquement pour me narguer, répliquai-je, parvenant à retrouver un semblant de contenance.
– Elle fera partie de notre comité d’accueil.
– Je t’en prie, je manquais de bonnes nouvelles, soupirai-je.
Et comme toujours, ou comme trop souvent en tout cas, un sourire sibyllin fit office de réponse. Le silence l’accompagne. Nos affaires sont prêtes, l’échéance fut proche. Les adieux me parurent terriblement expéditifs, mais quoi qu’il en soit, et quel qu’ait pu être le temps que nous y aurions consacré, je ne les aurais jamais trouvés assez longs. Au fond, mieux valait qu’ils ne durent pas davantage, ces adieux, où je n’aurais su comment partir.

Alors que notre embarcation s’éloignait de la plage, je sentais un nœud épouvantable me retourner l’estomac. Je n’avais connu que cet horizon, c’est ma vie que j’abandonnais derrière moi, avec le sentiment tenace mais infondé de ne jamais la retrouver. En tout cas, plus jamais en l’état. D’un revers de manche, j’essuyais maladroitement les larmes que je n’avais su contenir. On m’arrachait une partie du cœur. Ces blessures-là ne guérissent jamais… Je n’ai jamais voulu qu’elles guérissent, d’ailleurs. Nous courrions à l’incertitude, et je crois bien qu’aucun de nous ne s’en réjouissait vraiment. Le voyage, pour moi, aurait pu être solitaire. Une fois n’est pas coutume, Edgar et Nathaniel passèrent le plus clair de leur temps ensemble, à rire sous cape ou à hausser le ton, à se taire quand j’approchais ou à tout simplement m’intégrer sans le faire vraiment à la conversation. Nous étions dix à prendre le large. Je reconnais avoir oublié le nom de la plupart de l’équipage, parmi eux, je fis la connaissance d’Emma, épouse involontaire d’un autre colon imposé par la reine mère. Lettrée et intelligente, elle endosserait le rôle d’enseignante, de l’autre côté. Un rôle qu’elle s’est imposé. Pour avoir un rôle quoi qu’il en soit.

Ce fut elle qui, timidement, m’adressa son mouchoir en tissus quand elle me vit pleurer l’horizon. Elle ne parlait pas beaucoup, un peu comme moi, mais ce n’était pas par appréhension, seulement par pudeur. Je ne sus discerner du premier œil la ténacité, la volonté d’acier qui étaient déjà siennes. Elle n’était pas ici pour accompagner son mari, elle cherchait à fuir. Nous parlâmes beaucoup, de rien plus que de tout. Emma restait en surface des choses. De la pudeur, toujours, matinée de défiance, mais parler de rien, à vrai dire, me convenait assez. J’avais plaisir à ne pas être scruté comme Nathaniel le faisait toujours avec moi. Emma n’était pas transparente, moi non plus, mais elle m’en disait assez, et je faisais de même. Ensemble, nous en disions presque trop. Mais sa présence avait quoi qu’il en soit apaisé mon vague à l’âme. Le sien aussi, peut-être ? J’ignore si elle était déjà malheureuse, alors, mais je le suppose. Un visage fermé qui la faisait paraître plus âgé qu’elle ne l’était réellement dissipait la possibilité même d’en admettre davantage. Je ne cherchais pas à en savoir davantage.


– Ayanna.
Une jeune femme à la longue chevelure brune et bouclée, au yeux agate et à la peau dorée fut la première à se présenter à nous. Elle nous tendit la main l’un après l’autre, répéta la même phrase décorée d’un accent charmant.
– Je suis ton guide.
Notre guide. Au sourire timide.
Une vingtaine de curieux s’amassèrent autour de nous. Instinctivement, mon regard se tourna vers Edgar et Nathaniel. Le premier attendait. Le second n’était plus attentif à rien. Mon regard suivit curieusement le sien. Et alors je la vis. Et sans la connaître, je sus que c’était elle.

Latika.



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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Fév - 22:23

J'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore j'adore !!!!!!

Nathaniel qui rencontre Latika, niaaaa

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Fév - 22:37

Je suis contente

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 16 Fév - 21:38


Chapitre V : Barbada






C’était sans doute la plus belle femme sur qui mon regard se soit jamais posé, et pourtant, jamais je n’ai prétendu m’estimer juge imparable en matière de beauté féminine. Il était presque impossible, à la regarder, de détourner les yeux d’elle si bien que cette beauté semblait quelque part irréelle. Une cascade noir chocolat, brillante comme le soleil de plomb qui nous assommait d’une chaleur nouvelle, longeait sa nuque pour venir se perdre dans une chute de reins impeccable. Sa peau avait la couleur du miel, ses yeux, deux billes noires au regard intense. Elle était magnifique. Je la détestais d’autant plus que me prenait maintenant l’envie incertaine de l’admirer, ou de devenir elle. Elle attirait à elle tous les regards, et le pire, je crois, était qu’elle ne s’en rendait pas compte. Seul Edgar paraissait passablement indifférent, seulement impatient de rejoindre ses nouveaux appartements et de s’isoler. J’éprouvais ce même désir, mais mes pieds restaient figés au sol de sable, aimantés à ce nouveau décor duquel j’avais tout à apprendre… puis à désapprendre. Les grains de sables doraient la plage comme autant de pépites lumineuses, que faisait scintiller un soleil que je n’avais jamais vu si grand ni si prompt à vous brûler la peau et la rétine. La chaleur n’était pas le pire à supporter, au moins m’y habituerais-je. Je ne pouvais guère en dire autant de tout le reste.

– Vous devez être Latika.
La voix de Nathaniel m’obligea à l’observer à nouveau, à constater à nouveau combien elle était belle et combien j’étais laid, moi et ma peau de lait, ma bedaine accentuée par une absence totale d’exercice et un début de calvitie que j’étais trop jeune pour assumer.
– Nous nous connaissons ? demanda-t-elle, hésitante.
Le ton était timide et la voix douce, la langue impeccable. Je ne pus m’empêcher de songer aux longues conversations qu’elle et Dorian avaient dû échanger, elle parlait un féérien impeccable, ce que la suite ne devait que me confirmer.
– Pas encore, mais ça ne saurait tarder.
Il y avait sur le visage de Nathaniel un sourire que je lui découvrais alors, et que je croirais perdu avant de l’entendre me parler d’Eleonore. La demoiselle feignit une naïveté à laquelle je ne saurais plus croire aujourd’hui.
– Je vous demande pardon… ?
– Je m’appelle Nathaniel, Dorian a dû vous parler de moi…
– Oh… Je crus voir son regard se voiler un instant quand elle entendit prononcer le nom du roi. Alors, je ne sus précisément ce qu’il fallait en penser. Oui, il m’a parlé de vous.
Elle le considéra longuement, elle semblait à la fois curieuse et inquiète, puis son regard se posa sur moi, resté là, à ses côtés… Elle m’observa curieusement, et ce ne fut qu’après quelques secondes de flottement que je songeais à me présenter à mon tour. Elle me sourit comme elle n’avait pas souri à Nathaniel. L’un comme l’autre nous aurions préféré l’inverse, je crois. Alors que je sentais Nathaniel tout prêt à ajouter autre chose, nous fûmes interrompus par la voix fluette et mal à l’aise d’Ayanna.
– Vous… suivez-moi ?
Nous nous exécutâmes sans discuter. Plusieurs longues minutes de marche nous attendaient avant de pouvoir rejoindre les logements qui nous avaient été alloués. En chemin, je prenais pour prétexte le brouhaha ambiant, douce et confortable cacophonie, pour ne prêter attention à personne, le regard brouillé par la sueur qui s’accumulait à grosse goutte sur mon visage à mesure que l’effort et la chaleur conjugués complexifiait le moindre mouvement. La gorge sèche et le sentiment de porter le triple de mon poids. Il faudrait que je m’y habitue. Ce ne serait pas le pire que j’aurais à endurer quoi qu’il en soit. Du coin de l’œil, je ne pouvais m’empêcher de surveiller Latika, qui discutait prudemment avec Nathaniel. Sa réserve contrastait avec l’assurance naturelle qu’affichait le futur fugitif, qui ne se laissait guère démonter par l’attitude peu engageante de la jeune femme, manifestement sur la réserve. Sa fragilité et son innocence étaient alors manifestes, elles contribuaient sans doute au charme qu’il était impossible de ne pas lui trouver. Et que par conséquent je voulais lui refuser sans savoir y être insensible. Sans que cela m’inspire pour autant quoi que ce soit de positif, bien au contraire.

Nous marchâmes ainsi plusieurs longues minutes durant, qui me semblèrent être des heures, jusqu’à atteindre la ville de Barbada… Aujourd’hui, il est vrai, cette ville retrouve de sa superbe, mais j’aimerais que tu puisses un jour la connaître telle que je l’ai connue. La beauté et la richesse s’exprimait sur la façade de chaque bâtiment. La ville était lumineuse, vivante, brillante, chatoyait de mille couleurs. Les mots me manquent pour la décrire et les souvenirs, malheureusement, s’effacent, et je ne saurais plus distinguer la part du rêve de la réalité. C’était beau, c’était grandiose. Et je compris dans l’instant, à la vue de ces architectures impressionnante, de cet art exprimé à chaque devanture de porte, que l’autre n’avait rien à apprendre de nous. Dorian le savait-il aussi ? Je pense qu’il savait la beauté, mais ne pouvait abandonner le doux prétexte que son meilleur ami caressait à présent du regard. Ayanna nous présenta les lieux du mieux qu’elle put, dans ce qu’elle avait acquis de langue féerienne. Je l’écoutai à peine, la vue dévorait l’ouïe, et la fatigue absorbait l’ensemble. Mais bientôt, nous fûmes conduits à nos appartements, un luxe pour intrus, mais une chambre bien que spacieuse que nous partagions à trois, cependant. Edgar, Nathaniel et moi, bien sûr. Dorian semblait avoir pensé à tout. Sauf à une chose, peut-être.

– Je suis amoureux, affirma Nathaniel en s’étalant de tout son long sur son lit, qu’il occuperait pour une durée indéterminée.
– Ne dis pas de bêtise, répliqua Edgar, mais un fin sourire aux lèvres, plus amusé qu’exaspéré par la situation.
– Quoi ? répliqua Nathaniel, répondant par un même sourire, je parlais de la ville.
Personne n’était dupe… Je fus saisi de l’envie de défendre les intérêts de Dorian, puis je m’abstins. Au fond, ce tour du sort m’arrangeait bien. Je ne m’en rendais pas encore compte à cet instant, mais c’est à cet instant, vraiment, que je me découvrais avec Edgar et Nathaniel. Et cette solidarité me coûterait cher.
– Elle est très belle, c’est vrai, je souffle sans forcément de raison, comme une volonté nouvelle de m’intégrer.
– Tu vois, même Anthony le dit.
– Tu parles toujours de la ville, pas vrai ? répliqua Edgar, amusé.
Loin de Féerie, loin de la ville et loin de la tombe de sa défunte épouse, il semblait… rasséréné. Et malgré la fatigue, en dépit de ce vertige étrange et vif que provoque l’inconnu, j’eus tout à coup le sentiment que tout se passerait bien.
– Bientôt, vous verrez, elle sera à moi.
– La ville ou Latika ?
– Parce qu’il faut choisir ?



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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 16 Fév - 22:18

Nathanieeeeel

Ca me fait tellement bizarre de voir Latika timide.
J'adoooooore tellement !!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 16 Fév - 22:33

Ouuuuuuuuuf !!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Mar - 19:58


Chapitre VI : La lettre écarlate






Cher ami,

Tu as prétendu que la chaleur, au royaume du bout de l’océan, n’était qu’étouffante. Aujourd’hui, je sais que tu nous as menti. Elle est insupportable. Je me dessèche à chaque seconde, et le moindre mouvement que j’emploie pour t’écrire m’épuise plus que ne le feraient des heures de marche à tes côtés (et je parle de ta conversation, pas de la marche). Malgré tout, je reconnais que le royaume a ses attraits. Nous avons eu le loisir de visiter le palais du sultan, et je crois bien que ton château, mon roi, exigerait quelques rénovations.

Je l’ai rencontrée. Elle n’a pas eu besoin de se présenter, tu sais, j’ai aussitôt su qu’il s’agissait d’elle. En ce qui la concerne, tu n’as rien minimisé, en revanche. Tu as raison, Latika est sublime. Même, elle n’est pas que sublime, elle est intelligente, douce, passionnée. Il t’aurait été difficile de ne pas l’aimer, c’est évident. J’ai lutté, moi aussi, pour ne pas tomber sous son charme. Comme beaucoup d’autres hommes, j’en ai bien peur. Mais sois sans crainte. Je t’ai fait une promesse, et je vais la tenir. Je joindrai à cette missive quelques mots qu’elle a voulu t’adresser. Elle se languit, j’en suis certain. Et moi aussi. Tout se passe bien, ici. Mais tu nous manques. Et cette satanée Féerie tout autant. Secoue Rose pour moi et rends-moi ma patrie, s’il te plaît. Non, embrasse-la de ma part, je suis sûr que ça lui fera très plaisir. En tout cas, ne tarde pas trop à revenir. Je déteste écrire, tu sais bien, et cette lettre a peu de chances d’être la première d’une longue série. Anthony s’en chargera peut-être à ma place, mais soyons honnêtes, tu préfèreras toujours lire mes lettres aux siennes.

Je pose ici la plume. L’encre sèche avant même de toucher le papier, pourquoi tu ne nous en avais pas parlé ? Dis au petit ange que j’ai trouvé la seule rose du désert pour elle.
Elle me manque.
Toi aussi.

Oublie ces derniers mots. Et garde pour toi la sensiblerie que tu pourrais m’adresser en réponse. Tu ne serais que trop capable de les retourner contre moi un jour au l’autre. Veille à ta couronne. Je veille sur Latika.

A bientôt,

Nathaniel


– Tu es cruel.
Le rire de Latika était doux, mélodieux, cristallin. Bien sûr qu’il l’était. La perfection ne tolérait aucun bémol. Même son rire n’avait en soi rien de cruel. Il était seulement difficile de ne pas s’amuser des fanfaronnades de Nathaniel alors qu’il se plaisait à lire à voix haute au fil de son écriture. Je décelai même chez Edgar un léger sourire. Quant à moi, mon léger rire, nerveux, exprimait bien davantage une certaine amertume… mais qui n’était pas orientée le moins du monde contre Nathaniel en l’occurrence. Son aplomb et son culot, nous y étions si habitués que nous lui laissions quelque part tout passer. Pour le pire, sans doute. Nous lui supposions des limites qu’il reculait sans cesse. Je ne devais admettre que bien plus tard qu’il n’en possédait encore.
Latika enroula ses bras autour des épaules de Nathaniel, déposa un baiser au creux de son cou. Voilà deux semaines que nous avions rejoint le royaume du bout de l’océan, et les yeux de la jeune femme pétillaient déjà d’une lueur incandescente à la seule mention du jeune homme. Je les enviais autant l’un que l’autre à l’heure actuelle. J’aurais voulu que séduire me soit aussi naturel. Je considérais du regard le visage de Nathaniel, il y fleurissait un sourire comme je ne lui en ai jamais vu auparavant. Encore aujourd’hui, je me demande si sa singularité tenait de sa sincérité… ou s’il disposait d’un panel de sourires tel qu’il parvenait à me surprendre même après des années. Pour autant, comédie ou pas, je dois bien reconnaître qu’il paraissait terriblement sincère.
– Tu devrais lui dire…
J’avais déjà entendu ces mots quelque part, mais pour une fois, ce n’était pas à moi qu’ils s’adressaient, le regard de Latika ne lâchait pas Nathaniel.
– Ne me dis pas ça, tu vas me rendre jaloux, plaisanta le jeune homme d’un ton parfaitement détendu.
– Tu as très bien compris ce que je veux dire.
Nathaniel poussa un léger soupir avant de reprendre la parole, plus sérieusement cette fois :
– Je lui dis la vérité, il me renvoie à Féerie et tu ne me revois plus jamais. C’est ce que tu veux ?
Le sourire de Latika s’effaça. Nathaniel tourna son regard vers moi.
– Tu devrais essayer ça, Anthony, on te laisserait rentrer plus vite.
Je me sentis devenir terriblement rouge. Mais Latika eut la délicatesse de prétendre ne pas le voir. Une qualité à ajouter à tous les autres. Des qualités plus qu’éprouvantes. A la place, elle déposa un rapide baiser sur les lèvres de Nathaniel avant d’ajouter quelques mots.
– Je vais y aller, je suis déjà en retard, mes frères vont me tuer.
– Qu’ils essayent seulement, répliqua Nathaniel avec humour.
– On verra si tu tiendras encore le même discours chez moi demain.
Sans rien ajouter de plus, elle nous salua tous et nous laissa entre Féeriens.

– Tu t’égares, constata Edgar d’un ton sévère une fois que Latika eut dépassé le pas de la porte.
– Je sais très bien ce que je fais, répliqua Nathaniel du ton mi-vexé mi-insolent de l’enfant que l’on vient tout juste de réprimander. Ce qui ne l’empêchait pas pour autant de sourire, bien évidemment. C’était, entre autres choses, une façon pour elle de garder contenance.
– Cette lettre, dit Edgar en jetant un regard exaspéré à la missive que le jeune homme tenait toujours entre ses mains. C’est une provocation.
Je ne sus exactement s’il évoquait le ton railleur du jeune homme ou la référence à peine déguisée à Bertille. Difficile à savoir, puisque le futur roi de Féerie n’évoquait jamais sa progéniture. Tolérer son existence semblait déjà être de trop. Pour elle, il aurait été préférable, par ailleurs, que jamais il ne la remarque.
– C’est de l’humour, soupira Nathaniel. Tu devrais essayer, des fois.
– Tu pourrais nous compromettre, tu ne peux pas t’amuser de tout.
– Je n’ai pas oublié, Edgar, répliqua Nathaniel, qui supportait difficilement les réprimandes de son ami.
– De quoi vous parlez ? osais-je demandé, épuisé que j’étais d’être ainsi encore maintenu à l’écart.
Je prétendais ne pas deviner. Je ne peux nier être quelqu’un de naïf, bien sûr, il serait bien simple de décrédibiliser d’office cette information pour le moins mensongère. Edgar ouvrit la bouche, Nathaniel l’interrompit d’un geste.
– S’il te plaît, non.
Je ne devais comprendre que plus tard que Nataniel avait alors voulu le protéger.
– Allons, Nathaniel, répliqua Edgar en tournant vers le jeune homme un regard plus qu’entendu. Il a le droit de savoir, tu ne crois pas ? Les yeux gris du futur roi me toisèrent et me glacèrent le sang. C’est même la moindre des choses.






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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Mar - 20:54

Je suis tellement fan comme d'habitude !!!

Comment faire autrement en même temps ? C'est tellement beau tout ça !

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 9 Mar - 21:53

T'es pas objective c'est pour ça

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 23 Mar - 21:06


Chapitre VII : Triumvirat






Le lien qui unissait Edgar et Nathaniel a toujours été un véritable mystère pour moi. Je parvenais à le comprendre plus ou moins, par intermittence, mais la plupart du temps, il me laissait perplexe, au point de l’envier et d’apprécier d’y être extérieur, tout en même temps. Cette relation était sans doute à l’image de ses deux protagonistes, en fin de compte, mystérieuse, complexe à cerner, duelle, au point que discerner sincérité, justesse et manigances était quasiment impossible. Pourtant, dans mon souvenir, je n’ai jamais connu d’amitié aussi sensiblement forte que celle qui dut unir mon prédécesseur et son bourreau.

Il était de notoriété commune que Nathaniel n’avait pas sa place parmi nous. C’était sans doute ce qui le rendait si incommodant aux yeux de Rose, ça et l’insolence qu’il s’estimait en droit d’adopter en dépit de sa piètre extraction. La camériste de Rose avait trouvé l’enfant devant sa porte alors que ce dernier n’avait pas un an. Elle l’avait pris en pitié et l’avait adopté. Il a vécu au château. Grandi en même temps que nous, et si personne n’était capable de dire d’où il venait ni ce qui avait bien pu motiver sa mère adoptive à le garder sous son aile, il semblait n'en avoir cure. On arguait des histoires d’adultère, d’illégitimité et autres, des légendes personnelles que Nathaniel devait prendre plaisir en grandissant à moduler à sa guise en fonction de ses interlocuteurs. Edgar et moi étions légitimes, issus de la cour et nés pour y demeurer. J’aurais sans doute, par facilité et par convenance, ignoré Nathaniel, comme tous nous encourageaient à le faire, si Edgar, lui, n’avait pas fait le premier pas. Je n’ai jamais compris ce qui avait motivé son intérêt, mais dès cet instant, lui et Nathaniel étaient devenus inséparables. D’un côté de la reconnaissance, de l’estime, et que sais-je encore… De l’autre… Je n’en sais rien. Edgar avait peut-être voulu façonner Nathaniel à son image. Pourtant, leur complicité était manifeste. Ils se comprenaient, ils s’entendaient, et Nathaniel était sans doute le seul à pouvoir contredire et contrarier son ami en ne se prenant jamais que des revers de bâtons très temporaires. Ils avaient toujours eu l’un sur l’autre une influence que je ne comprenais pas, que j’enviais et craignais en même temps. Parfois, je rêvais d’être à leur place, d’autres fois, je m’estimais chanceux d’être mis à l’écart du tumulte. Maintenant que j’allais prendre part intégrante au tumulte en question, je savais où ma place aurait dû se situer. Pourtant, j’étais heureux.

Quand Edgar reprit la parole, me considéra de ses yeux gris et pénétrants et me promit cette vérité qu’on me dissimulait depuis de longs mois déjà, j’étais heureux. D’autant plus que je devinais la contrariété de Nathaniel à mes côtés. Dans un premier temps, j’ai envisagé qu’il avait cherché à me protéger. Maintenant, je me demande s’il n’était pas tout simplement dépité de devoir partager un secret qui lui importait peut-être plus que sa réalisation, en fin de compte. Peut-être. Ou non… Je ne peux affirmer comprendre, même si j’y pense sans cesse. A cette conversation plus encore qu’à toutes les autres. Car sur elle se sont fondés nombre de points d’histoire qui n’ont pas seulement changé ma vie mais celle de personne dont aujourd’hui je ne connais pas même le nom et qui pourtant ont payé de la leur le changement de la mienne. Je n’ai pas la légitimité de conter leur histoire au travers de la mienne, et c’est pourtant ce que je m’apprête à faire. Parce que je crois qu’on peut le situer là, plus ou moins. Tout ce qui a précédé et succèdera comptera également, mais c’est ce moment charnière qui justifie l’ensemble, et me condamne à la fois.

– Mais… Et Dorian ? avais-je demandé, proprement désemparé.
Renverser le trône pour s’installer à la place de leur prédécesseur, c’était ça, le projet qu’Edgar et Nathaniel ourdissaient dans l’ombre, et tout en assimilant la réalité, je me maudissais d’avoir à peine dénié l’envisager alors qu’elle semblait tout bonnement aller de soi. Leurs ambitions dépassaient de très loin toutes les hypothèses que j’avais osé avancer. En répondant à une logique pourtant toute élémentaire. Je savais leur ambition dévorante, la soif de contrôle, la nécessité d’avoir le dessus. Mais il y avait Dorian, il brouillait ma raison, sapait mon aptitude à la logique même la plus pure. Mon regard était tourné vers Edgar, le plus apte, me semblait-il, à me renseigner à l’heure actuelle. Je me trompais. Ce fut Nathaniel qui me répondit presque aussitôt.
– Il n’a jamais voulu être roi de toute façon, on lui rendra service.
Je ne pouvais pas lui donner tort, en effet. Dorian avait récupéré la couronne qui lui avait été transmise par son père, mais jamais il n’en avait voulu. La mort de son père avait été une épreuve pour lui. Pas seulement parce qu’il avait dû faire ses adieux à un homme qu’il aimait et estimait, mais parce qu’il avait dû, dans le même temps, accuser le poids de responsabilités qu’il n’avait jamais voulu voir siennes. Dorian était né prince mais n’en avait jamais eu la vocation. Pour autant, la réponse de Nathaniel taisait une vérité qu’il m’était impossible d’ignorer.
– Il n’y a que deux façons de s’approprier le trône.
Je ne pris pas la peine de préciser lesquelles, mes interlocuteurs étaient les mieux placées au monde pour le savoir. Accéder au trône, si ce n’était par la descendance, pouvait être le fruit de deux formes de trahison : assassiner son prédécesseur, ou ruiner sa réputation dans l’espoir d’être le prochain désigné pour prendre sa suite. Dans les deux cas, ça ne pouvait en rien être profitable à Dorian, et mon instinct hurlait de le protéger.
– Eh bien, on en inventera une troisième, répliqua Nathaniel avec un détachement qui m’irrita.
– C’est hors de question ! m’empressai-je de protester, espérant être le plus convaincant possible, sans pour autant en avoir l’assurance. Ce n’était pas mon rôle, de convaincre. Je passais bien plus de temps à me laisser convaincre que l'inverse.
Nathaniel adressa à Edgar un regard aux accents de « Je te l’avais bien dit », que ce dernier ignora superbement.
– Nous allons reconsidérer le système actuel. L’idée n’est pas seulement de prendre la succession d’un monarque et de suivre un chemin tout tracé, c’est d’envisager une refonte du système. Nous l’envisagions sous la forme d’un triumvirat.
– Un triumvirat... ? demandai-je, dubitatif.
Trois, ils voulaient trois personnes à la tête du royaume, mais alors…
– Donc, Dorian conserverait sa couronne, essayais-je d’avancer sans y croire.
Nathaniel fit doucement non de la tête.
– Si Dorian demeure roi, nous ne serons pas légitimes. Et Rose ne nous laissera pas faire. Ce n’est pas pour rien, si elle nous a conduits ici, elle a parfaitement compris ce qu’on cherchait à faire.
– Mais…
– On est complémentaires, tous les trois. Et notre mise à distance nous laisse le temps de peaufiner nos projets.
– Tous les trois…, répétai-je, mal à l’aise.
– Bien sûr, confirma Nathaniel, un sourire amusé aux lèvres. On est dans le même bateau, pas vrai ?






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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 23 Mar - 22:00

J'adoooooore toujours autant ! C'est un vrai plaisir de te lire à chaque fois !

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 23 Mar - 22:14

Ouf ouf ouf

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 25 Mai - 21:38


Chapitre VIII : Un voeu






Ayanna et Shankar se connaissaient depuis, pour ainsi dire, toujours, et leur amitié n’avait jamais faibli, infaillible, imperméable à toute réserve extérieure. Ils ne s’étaient jamais rien caché, se confiaient l’un à l’autre avec une assurance absolue. A la mort de son père, c’est dans les bras d’Ayanna que Shankar s’était réfugié… Quand Ayanna avait fait la rencontre d’Emma, c’est auprès de Shankar qu’elle était allée trouver conseil. Les deux inséparables suscitaient l’équivoque et des attentes que ni l’un ni l’autre ne cherchaient à combler. Il était le frère qu’Ayanna n’avait jamais eu, et Shankar, en Ayanna, avait trouvé une deuxième sœur. Aussi, quand le prétendant féerien de Latika avait frappé à la porte de la fratrie, Shankar s’était précipité auprès de sa meilleure amie dans l’espoir d’obtenir son opinion. Chacun avait vécu les étapes importantes de la vie de l’autre. Ils lisaient leurs espoirs, leurs pensées, leurs rêves, leurs désirs, comme dans les pages d’un livre ouvert, ils savaient tout, ne cachaient rien. La confiance était une vertu absolue, et ils se la consacraient. Elle les perdrait peut-être, elle les perdrait sûrement… Mais cette denrée rare avait tendance à rendre tout moins pénible. Et sur le moment du moins, ils en profitaient comme il se doit.

Shankar appréciait Nathaniel, enfin, il pensait l’apprécier. La vérité, c’est qu’il n’arrivait pas vraiment à le cerner. Il le trouvait drôle, spirituel, et il aimait voir sa sœur rayonner à ses côtés. Mais sa manière de sourire et les regards dépréciatifs d’Anand le laissaient sur la réserve… Shankar n’était pas d’un naturel méfiant. D’après ses aînés, c’était un véritable tort, d’ailleurs. La responsabilité qui incombait à sa fratrie était telle qu’elle ne tolérait aucun début de commencement de confiance. Son amitié envers Ayanna était à ce titre mal perçue. Tout comme la relation récente de Latika. La fratrie n’avait pas interdiction d’amitié ni d’amour, ce serait contreproductif, au sens où la famille devait assurer sa descendance. Mais la théorie et la pratique s’opposaient de façon constante, et restait fidèle à ses obligations et à son cœur relevait de l’exploit. S’il fallait y réfléchir top longuement, Shankar se découragerait sans doute de tout, mais Shankar, sans être un idiot, préférait ne pas réfléchir. Il avait l’intelligence de comprendre la vacuité d’une telle démarche. Il se fiait à ses intuitions, et elles le desservaient assez rarement. Mais il y avait une première fois à tout, ne lui en déplaise.

– Moi j’y crois, répondit Ayanna dans un léger sourire. Emma dit que Nathaniel est un menteur. Et elle a peut-être raison, mais j’y crois.
– C’est ce que tu dis quand tu essayes de te persuader de quelque chose, ça, observa Shankar d’un ton taquin.
Nathaniel était sans doute un menteur, mais Shankar ne considérait pas le mensonge comme une tare… Le mensonge avait le don de vous former, de vous aider, de vous protéger. Sa famille tout entière avait dévoué son existence à la dissimulation et aux non-dits, ils étaient rodés. Au fond, si le jeune Féerien voulait finir par en être, il était sans doute préférable de savoir mentir comme Emma prétendait qu’il le faisait si bien. Et Emma, elle, était l’honnêteté incarnée. Sûrement trop honnête pour ce monde, d’ailleurs. Heureusement, elle était bien tombée. Mais bien tomber ne suffisait pas toujours.
Cela dit, être honnête, ce n’est pas être naïve. Ayanna en était la preuve, sans doute. D’ailleurs, elle ne démentit pas, un sourire amusé aux lèvres.
– Si Nathaniel reste ici, alors peut-être que personne ne partira. Peut-être qu’Emma restera ici.
Il y avait tant d’espoir dans sa voix. L’entendre était douloureux. Il aurait voulu qu’elle ait moins mal, mais il n’y avait rien qu’il puisse faire. Shankar déposa une main affectueuse sur son épaule.
– Elle restera dans tous les cas, tu sais.
Il ne le pensait pas. Elle le connaissait par cœur. Il était impossible qu’elle le croie. Ayanna haussa les épaules.
– Sauf si son mari décide de repartir…
Le sourire de Shankar s’affaissa.
– C’est rien…, dit Ayanna en balayant sa réflexion comme d’un revers de la main. Ce n’est pas nouveau…
– Je sais, mais…
– Parfois, je voudrais juste… Elle posa ses mains sur les parois rocheuses de la caverne, ce contact la fit frissonner légèrement. Elle s’interrompit longuement, songeuse, comme happée par des pensées étrangères. Elle poussa un léger soupir, parvint à esquisser l’un de ces sourires dont elle avait le secret, qui pouvaient laisser croire que tout allait pour le mieux quand ce n’était pas le cas. Elle aussi savait mentir, mais toujours pour protéger les autres. … faire un vœu.
– Ne redis plus jamais ça, plaisanta Shankar, qui ne la prenait pas une seule seconde au sérieux. Même si son attitude avait induit dans son esprit une hésitation qu’il avait tôt fait de taire. Il la connaissait trop bien, elle ne serait pas capable de cela. C’est à peine si elle devait oser le penser. T’as de la chance que mes frères ne t’aient pas entendue, je n’imagine même pas leur réaction.
– J’ai l’impression de l’entendre tout le temps, celle-là, remarqua Ayanna. Et moi je l’imagine très bien, leur réaction. Je ne crois pas que ça changerait de d’habitude. Ils me détestent.
– Là-dessus, ça ne fait aucun doute, plaisanta Shankar, qui ne prit même pas la peine de démentir.
Ayanna ne répondit rien de plus, elle se redressa, se dégourdit les jambes, jeta son regard autour d’eux. L’espace était sombre, trop sombre, et à peine éclairé de quelques torches qui n’illuminaient que superficiellement leurs visages. On se faisait aux ombres, à l’obscurité, ça ne voulait pas dire qu’on finissait pas les apprécier, non, mais les silhouettes gagnaient en détails, les regards se découvraient dans l’ombre, et ils se scrutaient. Et tout devenait un peu moins effrayait, perdait son aura de mystère. Elle n’avait pas le droit d’être ici, elle ne devrait même pas savoir que cet endroit existait, mais elle avait pris l’habitude de le rejoindre à chacun de ses tours de garde, dans la plus totale discrétion. Et sa présence rendait ces heures de profonde inactivité, de surveillance inutile, un peu plus supportables.
A force de confidences, les secrets qu’ils s’adressaient semblaient avoir plus d’importance que celui qu’ils protégeaient.








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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Sam 26 Mai - 10:56

J'adooooooooooore tellement tellement tellement !!!

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Peut importe ce qu'on fait, l'histoire fini toujours de la même manière.
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Juin - 20:55


Chapitre IX : Sésame, ouvre-toi !






Du bout de ses doigts, il parcourait la peau dorée de son dos, en appréciant toute sa douceur satinée, ses rares imperfections. Quand ils remontaient de la chute de ses reins jusqu’à sa nuque, il effleurait de leur extrémité sa longue et indomptable chevelure ébène. S’il était besoin de s’en convaincre encore, ils lui confirmaient ce que ses yeux ne lui avaient déjà que trop assuré : elle était magnifique. En vérité, il ne pensait pas qu’il puisse exister, dans quelque monde que ce soit, créature plus belle et plus attirante que celle qu’il avait le luxe d’aimer et de posséder. Sa peau frissonnait légèrement au contact de ses doigts, puis finalement, elle remua très légèrement. Elle ouvrit doucement les paupières. Il aimait cette sorte d’air égaré qu’elle affichait toujours au réveil, comme si on la tirait toujours d’un rêve si lointain et si profond que le retour à la réalité lui était terriblement difficile. Avant de dire quoi que ce soit, elle s’étira longuement avant de se redresser suffisamment pour appuyer sa tête contre son épaule.

– Tu devais me réveiller, fit-elle mine de protester en lui adressant un faux-air accusateur.
– Je sais, se contenta de répondre Nathaniel dans un de ses nombreux sourires, confiant.
Latika n’insista pas et se contenta de pousser un soupir entendu. Elle quitta un instant le jeune homme du regard pour s’attarder sur le cadran de la pendule à sa table de chevet. Et un nouveau soupir s’échappa de ses lèvres.
– J’ai tout juste le temps de me préparer, il va falloir que j’y aille, dit-elle tout en allant s’asseoir au bord du lit, les pieds ancrés au sol.
Nathaniel lui attrapa le bras.
– Laisse-moi venir avec toi…
– Tu sais bien que c’est impossible…
– Alors dis-moi au moins où tu vas ?
– Je ne peux pas…

Ce fut au tour de Nathaniel de soupirer, mais ce soupir avait tout de théâtral. Cela faisait plusieurs semaines maintenant que Nathaniel et Latika se fréquentaient, et si elle lui avait parlé de ses parents, de ses frères, de ses amis d’enfance de mille manières différentes… Mais ce secret qui semblait concerner chacun des membres de sa famille, elle l’en tenait à l’écart, et plus elle le dissuadait d’en apprendre plus, plus il voulait se laisser dominer par sa curiosité. Il était convaincu qu’à force d’insistance, Latika finirait par céder et lui apprendre les raisons de son absence, de ces conversations à voix basse dont il ne captait que des bribes, qui soulevait des questionnements, mais n’apportaient aucune réponse. Nathaniel était assez perspicace, mais il était surtout tenace. Il savait qu’à l’usure, elle cèderait. Elle l’avait déjà fait, après tout. Bien sûr, il avait déjà envisagé de la suivre, mais les frères de la jeune femme guettaient le moindre de ses faits et gestes, l’aîné, surtout, qui le considérait sans cesse avec une suspicion toute légitime. Alors il ne pouvait espérer esquisser le moindre pas sans qu’ils finissent, forcément, par le savoir.

– Je vais finir par croire que la rumeur dit vrai, tu sais, dit-il en venant s’enfoncer plus confortablement dans le matelas, croisant les bras en dessous de sa nuque.
– Quelle rumeur ? demanda Latika, sourcils légèrement froncés, se tenant à présent debout devant lui, parfaite dans toute sa nudité.
Elle devait savoir laquelle. Nathaniel avait rejoint le Royaume du bout de l’océan, il y a peu, elle, elle y vivait depuis toujours. Et pourtant, il n’avait pas fallu longtemps pour qu’il ait vent de rumeurs aussi nombreuses qu’incongrues au sujet de la jeune femme et de sa famille.
– On dit que toi et tes frères, vous êtes immortels, que vous avez des milliers d’années.
Un sourire que Nathaniel découvrit amer s’afficha sur les lèvres de Latika.
– Crois-moi, je suis aussi mortelle qu’on peut l’être.
Sans rien ajouta, elle s’empressa de s’habiller, lui tournant le dos.
– Si tu ne veux pas que je t’accompagne, alors reste, suggéra le jeune homme, faisant mine de ne pas insister.
Le sourire de Latika se radoucit. Elle acheva de se préparer, ajusta son sari, démêla au mieux sa chevelure, puis elle se retourna vers Nathaniel, toujours allongé, à son aise, comme un coq en pâte. Elle se pencha sur lui et posa doucement ses lèvres sur les siennes.
– On se voit ce soir ?

Pourquoi moi ? Nathaniel avait beau m’avoir expliqué en long, en large et en travers pourquoi il estimait que cette tâche me revenait de droit, ce n’est pas pour autant que je me sentais plus légitime, ni plus à l’aise… J’avais accepté, c’est évidemment mon erreur. J’aurais dû protester, m’insurger, je ne le faisais jamais… mais je ne pouvais pas, à ce titre, accuser qu’une nature docile et passive. J’étais curieux, moi aussi, j’avais envie de comprendre, de percer le mystère... Pas tant pour en faire usage que pour mieux apprivoiser ce monde qui me faisait encore et toujours regretter Féerie. Enfin, j’avais dit que je le ferais, alors je le faisais. J’attendais, depuis une heure indue ‘de la matinée, à l’abri des regards. J’avais suivi Shankar à travers le désert, et c’était un miracle qu’il n’ait pas constaté ma présence et que je sois parvenu, au vu de ma piètre condition physique, à le suivre. Il s’était arrêté face à ce qui s’apparentait à une sorte de caverne. J’ai tendu l’oreille, retenu le mot de passe, et j’ai attendu. Quelqu’un a suivi peu de temps plus tard. Je fus étonné de reconnaître la silhouette d’Ayanna, mais j’estimais que c’était bon signe. D’autres, donc, pouvaient peut-être accéder à ces lieux. J’ai guetté de longues heures, j’attendais un espace d’intervention… Je n’ai pas réfléchi, quand j’ai vu les deux amis s’éclipser à l’extérieur, apparemment sur le départ. Alors je me suis précipité. J’ai couru aussi vite que mes jambes pouvaient me porter, j’ai soufflé, à bout de souffle.

-Sé… same, ouvre-toi.

Et ça a marché.

L’endroit était sombre, je devais avancer avec minutie, tâtonnant les parois de pierre avec une extrême prudence. L’entrée s’était refermée derrière mois. Je ne voyais pas à un mètre autour de moi. Il n’y avait qu’une obscurité épaisse et drue, et pas le moindre bruit, rien d’autre que les battements de mon cœur, qui tambourinaient si fort contre ma poitrine que j’avais le sentiment qu’il se répercutait en écho dans tout l’espace. A force de progression, je vis enfin quelque chose, c’était ténu, lointain, à peine perceptible, mais c’était là. Une forme couleur or, brillante, lumineuse…
… Attirante…



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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   

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