Partagez | 
 

 Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
avatar
Royaume du bout de l'océan
Messages : 908
Date d'inscription : 11/01/2015

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Juin - 21:15

Miam miam miam !!!

C'est tellement parfait comme d'habitude !!!

_________________
La vengeance est un plat qui se mange froid.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Féeriens
Messages : 373
Date d'inscription : 06/08/2017

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 20:40


Chapitre X : La lampe magique





— Une lampe ? répéta Nathaniel, que j’imaginais sceptique, avant tout parce que moi-même je ne savais qu’en penser.
Il faut dire que j’avais toutes les chances de ne pas être cru tant mon discours était fébrile. J’avais couru jusqu’à la chambre où nous avions pour habitude de nous réunir et, on peut le dire, de comploter, à notre manière. La sueur collait mes cheveux à mes temps et mon visage était rouge comme il ne l’avait jamais été. Mon cœur cognait à tout rompre contre ma poitrine, j’étais partagé entre l’angoisse et l’excitation, et en résultait un discours embrouillé, qui ne semblait avoir aucun sens. En même temps, il est vrai que tout ceci n’avait bel et bien que trop peu de sens. Pourquoi un objet d’apparence si banale nécessitait-il une protection ancestrale tenue à un étonnant protocole de confidentialité ? Au regard de l’expression intriguée de mes interlocuteurs, ils n’en avaient pas meilleure idée que moi.
—Oui, suggérais-je en balbutiant, sans trop vouloir m’avancer non plus.
Je n’étais pas totalement sûr de ce que j’avançais, et pour cause, tout s’était passé très vite, et par la même, tout semblait un peu flou, flou et éclatant en même temps. Le souvenir, en vérité, s’accompagnait de sensations uniques, que je n’aurais jamais eu le vocabulaire de décrire, pas plus alors qu’aujourd’hui, alors que je tente laborieusement de t’apprendre ce que j’ai vécu.
— Enfin, ça y ressemblait en tout cas, une lampe à huile, un peu comme celle qu’on a ici, mais plus… brillante. C’était la seule source de lumière de la pièce, et pourtant, elle n’était pas allumée.
— Un objet magique, suggéra Nathaniel d’un ton entendu.
Je hochai la tête. C’était en effet la seule explication qui me venait à l’esprit, qui justifiait tout autant le sentiment presque inhumain que j’avais ressenti alors que les raisons qui justifieraient que l’on prenne un tel soin à le protéger.
— Et qui sert à quoi, concrètement ? demanda Edgar qui semblait comme toujours à court de patience, au point qu’il était difficile de savoir s’il s’agissait là d’une illusion ou d’une réalité.
Je hochai doucement la tête de gauche à droite. Je n’avais pas la réponse à cette question.
— J’ai déjà eu la chance de pouvoir m’enfuir, je n’ai pas eu le temps de…, je m’empressai de me justifier, comme si leur jugement allait s’abattre sur moi d’un instant à l’autre.
—Tu as été parfait, Anthony, assura Nathaniel avec l’un de ses proverbiaux sourires enthousiastes aux lèvres. On a tout ce dont on avait besoin.
Il quitta la chaise sur laquelle il était assis jusqu’ici et la seconde suivante, il extirpait sa malle de voyage du dessous de son lit et faisait émerger d’une pile de vêtements un livre en apparence ancien qu’il ne me semblait jamais avoir vu jusqu’alors. Et pour cause, les inscriptions sur la couverture n’étaient pas en féerien.
— Ou est-ce que tu as trouvé ça ? lui ai-je demandé avec curiosité.
— Je l’ai emprunté à Latika, dans sa bibliothèque.
—Emprunté, hein ? répéta Edgar avec, dans la voix, ce qui ressemblait à un léger amusement.
Nathaniel répondit à cette question par un haussement d’épaules accompagné d’un nouveau sourire de son cru.
— Il était un peu plus planqué que les autres, je me suis dit qu’il devait y avoir une raison. Et elle peut me prendre tous les livres qu’elle veut, ça me dérange pas.
— Pour ça, il faudrait que tu aies un jour pris la peine de lire quoi que ce soit.
Nathaniel sourit de plus belle, voilà un moment que les railleries d’Edgar n’étaient plus destinées à être blessantes ou même à le recadrer. Et voilà un moment aussi que leur complicité avait oublié de faillir.
— Pas la peine de lire quand il y a des images, répliqua Nathaniel et feuilletant précautionneusement l’ouvrage, jusqu’à s’arrêter à une page bien spécifique. Ça te dit quelque chose ? demanda-t-il en tournant le volume ouvert dans ma direction.
Elle était là, l’illustration précise de la lampe que j’avais découverte dans la caverne, perdue au cœur d’inscriptions arrondies et élégantes, indéchiffrables pour moi.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? je l’interroge d’un ton hésitant.
— Ça, ça veut dire qu’on va avoir besoin d’une interprète.


La nuit était tombée depuis bien longtemps quand nous sommes venus frapper à la porte de la chambre d’Emma, et celle-ci mit plusieurs longues minutes avant d’accepter de nous ouvrir, enveloppée dans une ample robe de chambre, l’air fautif. Elle nous considéra avec un mélange d’appréhension et de curiosité, dans l’entrebâillement de la porte.
— Désolé de vous réveiller, mais on a besoin de vous, affirma galamment Nathaniel en forçant l’entrée dans la chambre où, comme il l’avait deviné, Ayanna se trouvait également, un air aussi coupable que celui de sa maîtresse sur le visage.
Sans plus de cérémonie, nous entrâmes donc, et Nathaniel déposa l’ouvrage sur une table à proximité, qu’il ouvrit à la page illustrée qui nous avait précédemment intéressés.
— Il nous faut une traduction.
Ayanna s’approcha prudemment, intriguée d’abord, horrifiée ensuite quand elle comprit de quoi il était question. Elle tourna un regard accusateur vers Nathaniel.
— Ce livre n’est pas le tien, décréta-t-elle du ton de celle qui connaissait parfaitement le nom de son propriétaire, parce que c’était évidemment le cas.
Je crus voir passer de l’indignation dans le regard de la jeune femme, mais Nathaniel, lui, restait parfaitement imperturbable, comme si cette situation l’amusait plus que tout autre chose.
— C’est bien ça le soucis. Il tourna son regard vers les deux jeune femmes. Vous pouvez nous le traduire ?
Ayanna tressaillit, elle savait. Et elle était d’autant mieux placée pour le savoir que je les avais vus, Shankar et elle, aux abords de la caverne. Elle savait ce qu’elle contenait, et elle savait sûrement ce que tout ça signifiait. Emma adressait des regards en biais à Ayanna, de toute évidence, elle ne savait que penser de cette intrusion nocturne et de ses implications. D’un geste de la tête, Ayanna, pour sa part, sut parfaitement manifester son opinion à ce sujet.
— Non, dit-elle d’un ton catégorique, ou transparaissait l’ampleur d’une inquiétude que nous ne lui avions jamais connue.
— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? demanda très froidement Edgar en toisant la jeune femme de ses yeux gris électriques.
Elle trembla une fois encore.
— L’ennui, vois-tu, reprit le futur roi, c’est que tu n’as pas vraiment le choix. Il tourna son regard vers Emma. Qu’est-ce que ton mari penserait s’il apprenait ce qui se passe ici ?
J’adressai un regard offusqué à Edgar. J’aurais voulu être surpris de l’entendre proférer une telle menace, mais je ne l’étais en réalité pas vraiment. En revanche, j’avais la naïveté d’espérer de la part de Nathaniel un soutien qu’il me refusa obstinément. Au contraire, il hocha doucement la tête, avec une certaine gravité. Ayanna sembla hésiter. Emma et elle échangèrent sous cape quelques mots que je fus dans l’incapacité de comprendre. Mais après un moment, Ayanna acquiesça. Son regard se tourna vers Nathaniel.
— Je te hais. Et elle te haïra aussi.

Alors, elle nous apprit l’histoire de Latika et de ses frères. L’histoire de la lampe. L’histoire de son royaume que nous allions bientôt réduire en cendres.




_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Féeriens
Messages : 277
Date d'inscription : 06/08/2017

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 21:14

JE SUR KIIIIIFFE !!!!

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Féeriens
Messages : 373
Date d'inscription : 06/08/2017

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 21:23

Pfffiouuuuuuu !!!

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Rebellion
Messages : 4529
Date d'inscription : 15/01/2014

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 20:27


Chapitre XI : Le fils du sable et du soleil





Aux origines de notre monde, il n’y avait que le sable et le soleil. Le monde était une étendue infinie et brillante d’or et de jaune. Le monde était un trésor. Le soleil aimait le sable et le sable aimait le soleil comme il n’y eut jamais d’autres amants pour s’aimer tant depuis lors. Les rayons du soleil caressaient le sable jusqu’à l’excès, le nimbaient de lumière. Jusqu’au jour où, de cet amour pur et puissant, naquit Djinn, transparent comme un rayon, multiple comme les grains de sable du désert.

Le sable et le soleil ont créé Djinn, Djinn a créé la brise, l’eau, il a rendu la terre fertile, et accueilli les hommes comme ses enfants. Il leur donna naissance, leur offrit un foyer. Monarque bienveillant et généreux, mais aussi puissant et rancunier, il était aimé autant que craint, à la fois vénéré et redouté. D’une inspiration, il allumait les astres, d’une expiration, il pouvait éteindre des centaines de vie.

Effrayé par son pouvoir, Rajnish, l’un des premiers hommes, et sorcier redoutable, décida de mettre fin au règne de Djinn. Il le fit enfermer dans une lampe, et le condamna à mener une immortalité de soumission, à obéir aux hommes qu’il avait mis au monde en exauçant en leur nom trois vœux, et trois seulement, un pouvoir redoutable et dangereux que Rajnish refusa d’utiliser pour lui-même. Il ne formula qu’un seul vœu à l’enfant du sable et du soleil : maintenir la paix et la prospérité pour son peuple, et leur terre, ce que Djinn, contraint et forcé, lui promit, à la condition de ne jamais être séparé de ses propres parents.

Considéré comme un sauveur, comme le protecteur de notre humanité, Rajnish devint le premier sultan de notre royaume. Il cacha la lampe dans les entrailles d’une caverne obscure, dans laquelle nul ne devait jamais entrer, et de laquelle nul ne devait jamais revenir.

Mais Rajkumar, le frère de Rajnish, jaloux, voulut s’emparer de la lampe et profiter du pouvoir de Djinn pour lui seul. Rajnish l’arrêta à temps et, en guise de punition, le condamna, lui et toutes les générations qui lui succéderaient à protéger l’artefact qu’il avait voulu dérober… Rajnish fut condamné à la jeunesse éternel, de même que ses enfants, dès qu’ils eurent atteint l’âge de vingt ans, et leurs enfants, s’ils devaient en avoir, connaîtraient le même sort, afin que la lampe soit toujours protégée. Rajnish, que l’éternité rendit fou, mit fin à ses jours, obligeant ses quatre enfants à porter à leur tour son fardeau.


La voix d’Ayanna se brisa et elle referma le livre d’un claquement sec, tremblante. Difficile d’être insensible à la détresse qu’on lisait dans ses yeux, et j’aurais tout donné pour être ailleurs, ou bien capable du moindre geste de réconfort à son adresse, mais au moment de faire un pas dans sa direction, Emma me devança et enroula ses bras autour d’elle avec tendresse, glissant un main protectrice dans ses cheveux noirs de jais. Ayanna abandonna quelques larmes au cou de sa maîtresse, qui ne daigna tourner son regard vers nous qu’une fois les sanglots de la jeune femme un peu estompés.
– Satisfaits ? nous interrogea-t-elle d’un ton sévère, ses yeux bleu électrique lançant des éclairs.
Je tremblais légèrement. Non, je ne l’étais pas. Je ne prenais pas encore la pleine mesure de ce que ce récit aurait d’impact sur nous tous, mais je savais que tout allait changer après ce moment, et la suite m’angoissait. Et cela à juste titre, il est vrai. Peut-être pas encore assez, tout bien considéré. Incapable de dire quoi que ce soit, je regardais successivement Edgar et Nathaniel. Les entendre dire quelque chose, n’importe quoi, aurait pu me rassurer, je crois bien, mais ils demeuraient ô combien muets, songeurs… Dans l’esprit de l’un et de l’autre, une myriade de pensées que j’aurais voulu comprendre et analyser. Dans mon esprit, les mêmes pensées, sans doute, mais sans ordre, si bien que je ne les distinguais plus les unes des autres : un chaos de réflexion qui me figea au sol quand Nathaniel, de son côté, après plusieurs secondes, tourna les talons pour quitter les lieux à pas précipité, très vite suivi par Edgar, qui cherchait sans doute à le rattraper. Moi, j’étais toujours incapable du moindre geste. Je dus rassembler plus d’efforts que nécessaire pour prononcer seulement trois mots.

– Je suis désolé…
Emma me jaugea sévèrement. Ayanna brisa leur étreinte et me tourna le dos, dans l’attente, je crois, de mon départ. Emma récupéra le livre et le plaça fermement entre mes mains, manquant de me faire basculer en arrière dans le processus.
– Tu peux l’être, soupira-t-elle.
– Est-ce que je peux… faire quelque chose ? demandais-je maladroitement.
– Tu en as assez fait…
Je voulus répliquer quelque chose, ouvrais la bouche puis, finalement, la fermais aussitôt. Je savais bien que je n’allais jamais qu’aggraver un peu plus mon cas. J’en avais assez fait, elle avait bien raison… Avec le sentiment, pourtant, de n’avoir absolument rien fait du tout. Ce qui était pire encore, évidemment.
– Tu ferais bien de les rejoindre.
Sans doute, oui, mais je ne me voyais pas partir, pas comme ça, même si c’était absolument tout ce qu’on attendait de moi à l’heure actuelle. Mais ce que l’on attendait de moi finissait par ne plus correspondre à rien de ce que je pouvais vouloir. Alors quoi ?
– Je…
– Tu veux vraiment faire quelque chose ? me coupa-t-elle vivement. Explique à Dorian ce qui se passe ici.
– Dorian ? je répétai, pris de court. Mais j…
J’y ai pensé plus d’une fois, ne serait-ce que parce qu’il ne se passait de toute façon pas un jour sans que je pense à Dorian, quoi qu’il en soit. J’étais le témoin impassible de traîtrises si nombreuses que prétendre ne pas y prendre part par mon seul silence saurait à peine soulager ma conscience. J’étais entièrement responsable, Latika, ces histoires de triumvirat, et maintenant ça… ça allait trop loin. Et encore, ce n’était rien… Oui, il fallait que je parle à Dorian. Mais comment. Les courriers s’interceptaient trop vite, et échapper à la vigilance d’Edgar ou de Nathaniel était tout sauf une mince affaire. Mais Emma pouvait balayer mes questionnements en une seule phrase.
– Il est en chemin, il sera là d’ici quelques jours. Tu n’étais pas au courant ?


_________________


Will you join in our crusade? Do you hear the people sing?
Say, do you hear the distant drums?
It is the future that we bring when tomorrow comes...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Féeriens
Messages : 277
Date d'inscription : 06/08/2017

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 20:54

C'est tellement parfait !!! Je suis trop fan !

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Rebellion
Messages : 4529
Date d'inscription : 15/01/2014

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 21:04

Pas du tout, mais merci

_________________


Will you join in our crusade? Do you hear the people sing?
Say, do you hear the distant drums?
It is the future that we bring when tomorrow comes...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Rebellion
Messages : 745
Date d'inscription : 04/10/2014

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 20:31


Chapitre XII : Avant la chute



– Tu as de la chance que Shankar n’en ait pas parlé à nos frères, tu serais mort à l’heure qu’il est, l’invectiva Latika, dont la colère déformait les traits d’ordinaires si doux et innocents. La rage et la déception la rendaient méconnaissable, mais à vrai dire, Nathaniel ne l’en trouvait que plus belle.
– Et pourquoi vous ne leur dites rien, alors ? répliqua le jeune homme dont le sourire angélique aurait difficilement pu moins bien convenir au crime dont elle le savait pourtant coupable, une aura de confiance l’environnant, qui ne faisait qu’intensifier l’ire de sa maîtresse.
– Ne va pas croire que je n’ai rien dit pour te protéger, je ne te devrais plus jamais rien… Elle marqua une légère pause. Shankar n’a pas le droit d’emmener Ayanna avec lui, si Anand et Adil devaient l’apprendre… Un frisson la traversa à cette seule perspective. Mais elle retrouva bien vite sa contenance quand il s’agit d’adresser son regard le plus noir à son interlocuteur. Vous allez vous en aller, tous autant que vous êtes. Je sais pourquoi vous êtes venus ici, je sais pourquoi tu…
– Latika…
Nathaniel l’interrompit d’office, pour venir déposer avec tendresse une main sur son visage, dans une vaine tentative de caresse à laquelle elle mit un terme d’un geste de recul.
– Est-ce que tu m’aimes ? demanda-t-elle, se tenant toujours à une distance raisonnable de lui.
– Bien sûr, répondit Nathaniel, sans aucune hésitation.
Elle le fixa un long moment, ses prunelles sombres cherchant à sonder cet esprit qui restait encore inaccessible. Elle cherchait l’ombre vicieuse du mensonge dans ses prunelles, la soupçonnant, comme trop souvent, d’être dissimulé quelque part. Il ne lui avait jamais semblé plus honnête. Ce qui ne voulait rien dire. Mais elle voulait chercher du sens.
– Alors à quoi tu joues ? Pourquoi m’as-tu volée ? Pourquoi nous voler ?
Il ne répondit pas tout de suite, et le silence qui ne manqua pas de les envelopper parut à la jeune femme proprement insoutenable. Malgré tout, il finit bel et bien par prendre la parole. Il s’était redressé, comme saisi d’un éclair de lucidité.
– Et si je le faisais pour nous ?
– Qu’est-ce que tu racontes ? Latika s’en voulut presque aussitôt d’avoir laissé s’exprimer sa curiosité, elle savait bien qu’elle n’en retirerait rien de bon. Laisse tomber… Tu ne sais parler qu’au singulier.
Il n’eut pas l’air de l’entende.
– Latika, j’ai une idée. Mais il va falloir que tu me fasses confiance.
Plus jamais elle ne lui ferait confiance, elle se l’était promis.
Mais…

Je devais lui parler, je le savais, je devais lui parler dans la seconde où je le verrais, avant que Nathaniel et Edgar ne l’accaparent, avant que je ne me sente pas capable de lui dire la vérité. Mais supposer, même, que je serais capable de tout lui dire n’était déjà qu’une manifeste illusion. Quand il m’accueillit avec un sourire chaleureux et me gratifia d’une étreinte, de celles qui m’avaient tant manqué, j’oubliais absolument tout. J’étais juste heureux de le retrouver, et je ne comprenais que davantage à quel point il m’avait manqué. Terriblement manqué, même. Alors, finalement, je n’ai rien dit. Pas plus de la situation que du bonheur que je ressentais, de mes sentiments, tout simplement. Et en définitive, ce fut, contre toute attente, Nathaniel qui, entre nous tous, se montra le plus honnête.
– Il était temps que tu arrives. C’est le chaos, ici.
Ce n’est rien de le dire. Et « chaos » était certainement le terme le plus approprié. Même si rien n’était encore manifeste en soi, ça l’était bien trop dans mon esprit. Et je doutais fort que la situation doive s’apaiser. J’avais envie de croire que le retour de Dorian pourrait tout résoudre, mais je le savais, à partir de cet instant, tout allait se dégrader, et il n’y aurait rien que nous puissions faire. Sur le moment, je n’avais pas la moindre envie d’y penser. Il était là, et j’éprouvais maintenant un sentiment de sécurité, je me doutais qu’il ne serait qu’éphémère. Ce qui m’invitait à ne le considérer que d’autant plus précieusement.
– Je n’en attendais pas moins de vous, répliqua Dorian, sans prendre un seul instant au sérieux les propos de son ami. Grave erreur, évidemment.

Il nous avait rejoints dans notre chambre après un entretien avec le sultan du royaume du bout de l’océan qui, semble-t-il, avait été houleux, sans pour autant qu’il daigne entrer dans les détails. Je n’étais pas sûr de vouloir les entendre dans tous les cas. Il ne devait rester que quelques semaines, et je me disais que ces semaines suffiraient peut-être à tout résoudre… Supposition naïve, dont je tentais de me convaincre plus que je n’étais convaincu en réalité. Je ne me doutais pas encore que, d’ici quelques semaines, ce serait fini, il n’y aurait plus de questions à se poser, car toutes les réponses auraient été données, loin de celle que j’étais en mesure d’espérer. Et Dorian ne serait plus là pour sauver quoi que ce soit… Il évoquait Féerie, la vie du royaume, et tout me paraissait lointain, comme si Féerie, ses forêts, ses contrées, ses rues pavées, sa verdure, appartenaient à une autre vie. Je ne me doutais pas que j’y retournerais plus tôt que je ne l’avais soupçonné, et je me doutais moins encore que Dorian, pour sa part, ni reviendrait jamais. Et enfin, la question que je redoutais tomba.
– Et… Il avait tourné son regard vers Nathaniel, et je crus voir le sourire du jeune homme changer légèrement, son visage gagnant une instant une expression peu familière. Qu’en est-il de Latika ?
Ce fut tout de même sans rougir, et sans l’ombre de ce qui pourrait éventuellement s’apparenter à des remords.
– Je m’en serais voulu de te décevoir, affirma-t-il sans aucun scrupule. Elle t’attend, elle est impatiente de te revoir, ajouta-t-il dans un clin d’œil.
Le sourire de Dorian se fit radieux. En faire le constat me serra le cœur. Mais je ne pouvais que me forcer à sourire à mon tour. Songeant que s’il était revenu, ce devait surtout être pour elle. Pour ma part, je tentais tant bien que mal de communiquer à Nathaniel l’étendue de mon incompréhension et de mon appréhension, mais Nathaniel, comme à son habitude, semblait confiant… ce qui, comme à son habitude, ne voulait pas dire qu’il l’était pour autant.
– Je savais que je pouvais compter sur toi.
Et en une seconde, une seule, Dorian avait signé son arrêt de mort.




_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Féeriens
Messages : 277
Date d'inscription : 06/08/2017

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 21:00

Comme toujours un chapitre du tonnerre ! Vivement la suite !

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Rebellion
Messages : 745
Date d'inscription : 04/10/2014

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 21:16

Ouf !!

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Ce ne sont que les ailes d'un ange que l'on a si facilement arrachées | Victoire
» Partie de plaisir
» L'heraldique des blasons - Partie 1
» Merom Hellren, Ailes sanglantes
» Nouvelle structure de la Partie Privée

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Feerie Tales :: En dehors du jeu... :: Quelques créations diverses-