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 Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]

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Royaume du bout de l'océan
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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 1 Juin - 21:15

Miam miam miam !!!

C'est tellement parfait comme d'habitude !!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 20:40


Chapitre X : La lampe magique





— Une lampe ? répéta Nathaniel, que j’imaginais sceptique, avant tout parce que moi-même je ne savais qu’en penser.
Il faut dire que j’avais toutes les chances de ne pas être cru tant mon discours était fébrile. J’avais couru jusqu’à la chambre où nous avions pour habitude de nous réunir et, on peut le dire, de comploter, à notre manière. La sueur collait mes cheveux à mes temps et mon visage était rouge comme il ne l’avait jamais été. Mon cœur cognait à tout rompre contre ma poitrine, j’étais partagé entre l’angoisse et l’excitation, et en résultait un discours embrouillé, qui ne semblait avoir aucun sens. En même temps, il est vrai que tout ceci n’avait bel et bien que trop peu de sens. Pourquoi un objet d’apparence si banale nécessitait-il une protection ancestrale tenue à un étonnant protocole de confidentialité ? Au regard de l’expression intriguée de mes interlocuteurs, ils n’en avaient pas meilleure idée que moi.
—Oui, suggérais-je en balbutiant, sans trop vouloir m’avancer non plus.
Je n’étais pas totalement sûr de ce que j’avançais, et pour cause, tout s’était passé très vite, et par la même, tout semblait un peu flou, flou et éclatant en même temps. Le souvenir, en vérité, s’accompagnait de sensations uniques, que je n’aurais jamais eu le vocabulaire de décrire, pas plus alors qu’aujourd’hui, alors que je tente laborieusement de t’apprendre ce que j’ai vécu.
— Enfin, ça y ressemblait en tout cas, une lampe à huile, un peu comme celle qu’on a ici, mais plus… brillante. C’était la seule source de lumière de la pièce, et pourtant, elle n’était pas allumée.
— Un objet magique, suggéra Nathaniel d’un ton entendu.
Je hochai la tête. C’était en effet la seule explication qui me venait à l’esprit, qui justifiait tout autant le sentiment presque inhumain que j’avais ressenti alors que les raisons qui justifieraient que l’on prenne un tel soin à le protéger.
— Et qui sert à quoi, concrètement ? demanda Edgar qui semblait comme toujours à court de patience, au point qu’il était difficile de savoir s’il s’agissait là d’une illusion ou d’une réalité.
Je hochai doucement la tête de gauche à droite. Je n’avais pas la réponse à cette question.
— J’ai déjà eu la chance de pouvoir m’enfuir, je n’ai pas eu le temps de…, je m’empressai de me justifier, comme si leur jugement allait s’abattre sur moi d’un instant à l’autre.
—Tu as été parfait, Anthony, assura Nathaniel avec l’un de ses proverbiaux sourires enthousiastes aux lèvres. On a tout ce dont on avait besoin.
Il quitta la chaise sur laquelle il était assis jusqu’ici et la seconde suivante, il extirpait sa malle de voyage du dessous de son lit et faisait émerger d’une pile de vêtements un livre en apparence ancien qu’il ne me semblait jamais avoir vu jusqu’alors. Et pour cause, les inscriptions sur la couverture n’étaient pas en féerien.
— Ou est-ce que tu as trouvé ça ? lui ai-je demandé avec curiosité.
— Je l’ai emprunté à Latika, dans sa bibliothèque.
—Emprunté, hein ? répéta Edgar avec, dans la voix, ce qui ressemblait à un léger amusement.
Nathaniel répondit à cette question par un haussement d’épaules accompagné d’un nouveau sourire de son cru.
— Il était un peu plus planqué que les autres, je me suis dit qu’il devait y avoir une raison. Et elle peut me prendre tous les livres qu’elle veut, ça me dérange pas.
— Pour ça, il faudrait que tu aies un jour pris la peine de lire quoi que ce soit.
Nathaniel sourit de plus belle, voilà un moment que les railleries d’Edgar n’étaient plus destinées à être blessantes ou même à le recadrer. Et voilà un moment aussi que leur complicité avait oublié de faillir.
— Pas la peine de lire quand il y a des images, répliqua Nathaniel et feuilletant précautionneusement l’ouvrage, jusqu’à s’arrêter à une page bien spécifique. Ça te dit quelque chose ? demanda-t-il en tournant le volume ouvert dans ma direction.
Elle était là, l’illustration précise de la lampe que j’avais découverte dans la caverne, perdue au cœur d’inscriptions arrondies et élégantes, indéchiffrables pour moi.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? je l’interroge d’un ton hésitant.
— Ça, ça veut dire qu’on va avoir besoin d’une interprète.


La nuit était tombée depuis bien longtemps quand nous sommes venus frapper à la porte de la chambre d’Emma, et celle-ci mit plusieurs longues minutes avant d’accepter de nous ouvrir, enveloppée dans une ample robe de chambre, l’air fautif. Elle nous considéra avec un mélange d’appréhension et de curiosité, dans l’entrebâillement de la porte.
— Désolé de vous réveiller, mais on a besoin de vous, affirma galamment Nathaniel en forçant l’entrée dans la chambre où, comme il l’avait deviné, Ayanna se trouvait également, un air aussi coupable que celui de sa maîtresse sur le visage.
Sans plus de cérémonie, nous entrâmes donc, et Nathaniel déposa l’ouvrage sur une table à proximité, qu’il ouvrit à la page illustrée qui nous avait précédemment intéressés.
— Il nous faut une traduction.
Ayanna s’approcha prudemment, intriguée d’abord, horrifiée ensuite quand elle comprit de quoi il était question. Elle tourna un regard accusateur vers Nathaniel.
— Ce livre n’est pas le tien, décréta-t-elle du ton de celle qui connaissait parfaitement le nom de son propriétaire, parce que c’était évidemment le cas.
Je crus voir passer de l’indignation dans le regard de la jeune femme, mais Nathaniel, lui, restait parfaitement imperturbable, comme si cette situation l’amusait plus que tout autre chose.
— C’est bien ça le soucis. Il tourna son regard vers les deux jeune femmes. Vous pouvez nous le traduire ?
Ayanna tressaillit, elle savait. Et elle était d’autant mieux placée pour le savoir que je les avais vus, Shankar et elle, aux abords de la caverne. Elle savait ce qu’elle contenait, et elle savait sûrement ce que tout ça signifiait. Emma adressait des regards en biais à Ayanna, de toute évidence, elle ne savait que penser de cette intrusion nocturne et de ses implications. D’un geste de la tête, Ayanna, pour sa part, sut parfaitement manifester son opinion à ce sujet.
— Non, dit-elle d’un ton catégorique, ou transparaissait l’ampleur d’une inquiétude que nous ne lui avions jamais connue.
— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? demanda très froidement Edgar en toisant la jeune femme de ses yeux gris électriques.
Elle trembla une fois encore.
— L’ennui, vois-tu, reprit le futur roi, c’est que tu n’as pas vraiment le choix. Il tourna son regard vers Emma. Qu’est-ce que ton mari penserait s’il apprenait ce qui se passe ici ?
J’adressai un regard offusqué à Edgar. J’aurais voulu être surpris de l’entendre proférer une telle menace, mais je ne l’étais en réalité pas vraiment. En revanche, j’avais la naïveté d’espérer de la part de Nathaniel un soutien qu’il me refusa obstinément. Au contraire, il hocha doucement la tête, avec une certaine gravité. Ayanna sembla hésiter. Emma et elle échangèrent sous cape quelques mots que je fus dans l’incapacité de comprendre. Mais après un moment, Ayanna acquiesça. Son regard se tourna vers Nathaniel.
— Je te hais. Et elle te haïra aussi.

Alors, elle nous apprit l’histoire de Latika et de ses frères. L’histoire de la lampe. L’histoire de son royaume que nous allions bientôt réduire en cendres.




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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 21:14

JE SUR KIIIIIFFE !!!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 6 Juil - 21:23

Pfffiouuuuuuu !!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 20:27


Chapitre XI : Le fils du sable et du soleil





Aux origines de notre monde, il n’y avait que le sable et le soleil. Le monde était une étendue infinie et brillante d’or et de jaune. Le monde était un trésor. Le soleil aimait le sable et le sable aimait le soleil comme il n’y eut jamais d’autres amants pour s’aimer tant depuis lors. Les rayons du soleil caressaient le sable jusqu’à l’excès, le nimbaient de lumière. Jusqu’au jour où, de cet amour pur et puissant, naquit Djinn, transparent comme un rayon, multiple comme les grains de sable du désert.

Le sable et le soleil ont créé Djinn, Djinn a créé la brise, l’eau, il a rendu la terre fertile, et accueilli les hommes comme ses enfants. Il leur donna naissance, leur offrit un foyer. Monarque bienveillant et généreux, mais aussi puissant et rancunier, il était aimé autant que craint, à la fois vénéré et redouté. D’une inspiration, il allumait les astres, d’une expiration, il pouvait éteindre des centaines de vie.

Effrayé par son pouvoir, Rajnish, l’un des premiers hommes, et sorcier redoutable, décida de mettre fin au règne de Djinn. Il le fit enfermer dans une lampe, et le condamna à mener une immortalité de soumission, à obéir aux hommes qu’il avait mis au monde en exauçant en leur nom trois vœux, et trois seulement, un pouvoir redoutable et dangereux que Rajnish refusa d’utiliser pour lui-même. Il ne formula qu’un seul vœu à l’enfant du sable et du soleil : maintenir la paix et la prospérité pour son peuple, et leur terre, ce que Djinn, contraint et forcé, lui promit, à la condition de ne jamais être séparé de ses propres parents.

Considéré comme un sauveur, comme le protecteur de notre humanité, Rajnish devint le premier sultan de notre royaume. Il cacha la lampe dans les entrailles d’une caverne obscure, dans laquelle nul ne devait jamais entrer, et de laquelle nul ne devait jamais revenir.

Mais Rajkumar, le frère de Rajnish, jaloux, voulut s’emparer de la lampe et profiter du pouvoir de Djinn pour lui seul. Rajnish l’arrêta à temps et, en guise de punition, le condamna, lui et toutes les générations qui lui succéderaient à protéger l’artefact qu’il avait voulu dérober… Rajnish fut condamné à la jeunesse éternel, de même que ses enfants, dès qu’ils eurent atteint l’âge de vingt ans, et leurs enfants, s’ils devaient en avoir, connaîtraient le même sort, afin que la lampe soit toujours protégée. Rajnish, que l’éternité rendit fou, mit fin à ses jours, obligeant ses quatre enfants à porter à leur tour son fardeau.


La voix d’Ayanna se brisa et elle referma le livre d’un claquement sec, tremblante. Difficile d’être insensible à la détresse qu’on lisait dans ses yeux, et j’aurais tout donné pour être ailleurs, ou bien capable du moindre geste de réconfort à son adresse, mais au moment de faire un pas dans sa direction, Emma me devança et enroula ses bras autour d’elle avec tendresse, glissant un main protectrice dans ses cheveux noirs de jais. Ayanna abandonna quelques larmes au cou de sa maîtresse, qui ne daigna tourner son regard vers nous qu’une fois les sanglots de la jeune femme un peu estompés.
– Satisfaits ? nous interrogea-t-elle d’un ton sévère, ses yeux bleu électrique lançant des éclairs.
Je tremblais légèrement. Non, je ne l’étais pas. Je ne prenais pas encore la pleine mesure de ce que ce récit aurait d’impact sur nous tous, mais je savais que tout allait changer après ce moment, et la suite m’angoissait. Et cela à juste titre, il est vrai. Peut-être pas encore assez, tout bien considéré. Incapable de dire quoi que ce soit, je regardais successivement Edgar et Nathaniel. Les entendre dire quelque chose, n’importe quoi, aurait pu me rassurer, je crois bien, mais ils demeuraient ô combien muets, songeurs… Dans l’esprit de l’un et de l’autre, une myriade de pensées que j’aurais voulu comprendre et analyser. Dans mon esprit, les mêmes pensées, sans doute, mais sans ordre, si bien que je ne les distinguais plus les unes des autres : un chaos de réflexion qui me figea au sol quand Nathaniel, de son côté, après plusieurs secondes, tourna les talons pour quitter les lieux à pas précipité, très vite suivi par Edgar, qui cherchait sans doute à le rattraper. Moi, j’étais toujours incapable du moindre geste. Je dus rassembler plus d’efforts que nécessaire pour prononcer seulement trois mots.

– Je suis désolé…
Emma me jaugea sévèrement. Ayanna brisa leur étreinte et me tourna le dos, dans l’attente, je crois, de mon départ. Emma récupéra le livre et le plaça fermement entre mes mains, manquant de me faire basculer en arrière dans le processus.
– Tu peux l’être, soupira-t-elle.
– Est-ce que je peux… faire quelque chose ? demandais-je maladroitement.
– Tu en as assez fait…
Je voulus répliquer quelque chose, ouvrais la bouche puis, finalement, la fermais aussitôt. Je savais bien que je n’allais jamais qu’aggraver un peu plus mon cas. J’en avais assez fait, elle avait bien raison… Avec le sentiment, pourtant, de n’avoir absolument rien fait du tout. Ce qui était pire encore, évidemment.
– Tu ferais bien de les rejoindre.
Sans doute, oui, mais je ne me voyais pas partir, pas comme ça, même si c’était absolument tout ce qu’on attendait de moi à l’heure actuelle. Mais ce que l’on attendait de moi finissait par ne plus correspondre à rien de ce que je pouvais vouloir. Alors quoi ?
– Je…
– Tu veux vraiment faire quelque chose ? me coupa-t-elle vivement. Explique à Dorian ce qui se passe ici.
– Dorian ? je répétai, pris de court. Mais j…
J’y ai pensé plus d’une fois, ne serait-ce que parce qu’il ne se passait de toute façon pas un jour sans que je pense à Dorian, quoi qu’il en soit. J’étais le témoin impassible de traîtrises si nombreuses que prétendre ne pas y prendre part par mon seul silence saurait à peine soulager ma conscience. J’étais entièrement responsable, Latika, ces histoires de triumvirat, et maintenant ça… ça allait trop loin. Et encore, ce n’était rien… Oui, il fallait que je parle à Dorian. Mais comment. Les courriers s’interceptaient trop vite, et échapper à la vigilance d’Edgar ou de Nathaniel était tout sauf une mince affaire. Mais Emma pouvait balayer mes questionnements en une seule phrase.
– Il est en chemin, il sera là d’ici quelques jours. Tu n’étais pas au courant ?


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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 20:54

C'est tellement parfait !!! Je suis trop fan !

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 20 Juil - 21:04

Pas du tout, mais merci

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 20:31


Chapitre XII : Avant la chute



– Tu as de la chance que Shankar n’en ait pas parlé à nos frères, tu serais mort à l’heure qu’il est, l’invectiva Latika, dont la colère déformait les traits d’ordinaires si doux et innocents. La rage et la déception la rendaient méconnaissable, mais à vrai dire, Nathaniel ne l’en trouvait que plus belle.
– Et pourquoi vous ne leur dites rien, alors ? répliqua le jeune homme dont le sourire angélique aurait difficilement pu moins bien convenir au crime dont elle le savait pourtant coupable, une aura de confiance l’environnant, qui ne faisait qu’intensifier l’ire de sa maîtresse.
– Ne va pas croire que je n’ai rien dit pour te protéger, je ne te devrais plus jamais rien… Elle marqua une légère pause. Shankar n’a pas le droit d’emmener Ayanna avec lui, si Anand et Adil devaient l’apprendre… Un frisson la traversa à cette seule perspective. Mais elle retrouva bien vite sa contenance quand il s’agit d’adresser son regard le plus noir à son interlocuteur. Vous allez vous en aller, tous autant que vous êtes. Je sais pourquoi vous êtes venus ici, je sais pourquoi tu…
– Latika…
Nathaniel l’interrompit d’office, pour venir déposer avec tendresse une main sur son visage, dans une vaine tentative de caresse à laquelle elle mit un terme d’un geste de recul.
– Est-ce que tu m’aimes ? demanda-t-elle, se tenant toujours à une distance raisonnable de lui.
– Bien sûr, répondit Nathaniel, sans aucune hésitation.
Elle le fixa un long moment, ses prunelles sombres cherchant à sonder cet esprit qui restait encore inaccessible. Elle cherchait l’ombre vicieuse du mensonge dans ses prunelles, la soupçonnant, comme trop souvent, d’être dissimulé quelque part. Il ne lui avait jamais semblé plus honnête. Ce qui ne voulait rien dire. Mais elle voulait chercher du sens.
– Alors à quoi tu joues ? Pourquoi m’as-tu volée ? Pourquoi nous voler ?
Il ne répondit pas tout de suite, et le silence qui ne manqua pas de les envelopper parut à la jeune femme proprement insoutenable. Malgré tout, il finit bel et bien par prendre la parole. Il s’était redressé, comme saisi d’un éclair de lucidité.
– Et si je le faisais pour nous ?
– Qu’est-ce que tu racontes ? Latika s’en voulut presque aussitôt d’avoir laissé s’exprimer sa curiosité, elle savait bien qu’elle n’en retirerait rien de bon. Laisse tomber… Tu ne sais parler qu’au singulier.
Il n’eut pas l’air de l’entende.
– Latika, j’ai une idée. Mais il va falloir que tu me fasses confiance.
Plus jamais elle ne lui ferait confiance, elle se l’était promis.
Mais…

Je devais lui parler, je le savais, je devais lui parler dans la seconde où je le verrais, avant que Nathaniel et Edgar ne l’accaparent, avant que je ne me sente pas capable de lui dire la vérité. Mais supposer, même, que je serais capable de tout lui dire n’était déjà qu’une manifeste illusion. Quand il m’accueillit avec un sourire chaleureux et me gratifia d’une étreinte, de celles qui m’avaient tant manqué, j’oubliais absolument tout. J’étais juste heureux de le retrouver, et je ne comprenais que davantage à quel point il m’avait manqué. Terriblement manqué, même. Alors, finalement, je n’ai rien dit. Pas plus de la situation que du bonheur que je ressentais, de mes sentiments, tout simplement. Et en définitive, ce fut, contre toute attente, Nathaniel qui, entre nous tous, se montra le plus honnête.
– Il était temps que tu arrives. C’est le chaos, ici.
Ce n’est rien de le dire. Et « chaos » était certainement le terme le plus approprié. Même si rien n’était encore manifeste en soi, ça l’était bien trop dans mon esprit. Et je doutais fort que la situation doive s’apaiser. J’avais envie de croire que le retour de Dorian pourrait tout résoudre, mais je le savais, à partir de cet instant, tout allait se dégrader, et il n’y aurait rien que nous puissions faire. Sur le moment, je n’avais pas la moindre envie d’y penser. Il était là, et j’éprouvais maintenant un sentiment de sécurité, je me doutais qu’il ne serait qu’éphémère. Ce qui m’invitait à ne le considérer que d’autant plus précieusement.
– Je n’en attendais pas moins de vous, répliqua Dorian, sans prendre un seul instant au sérieux les propos de son ami. Grave erreur, évidemment.

Il nous avait rejoints dans notre chambre après un entretien avec le sultan du royaume du bout de l’océan qui, semble-t-il, avait été houleux, sans pour autant qu’il daigne entrer dans les détails. Je n’étais pas sûr de vouloir les entendre dans tous les cas. Il ne devait rester que quelques semaines, et je me disais que ces semaines suffiraient peut-être à tout résoudre… Supposition naïve, dont je tentais de me convaincre plus que je n’étais convaincu en réalité. Je ne me doutais pas encore que, d’ici quelques semaines, ce serait fini, il n’y aurait plus de questions à se poser, car toutes les réponses auraient été données, loin de celle que j’étais en mesure d’espérer. Et Dorian ne serait plus là pour sauver quoi que ce soit… Il évoquait Féerie, la vie du royaume, et tout me paraissait lointain, comme si Féerie, ses forêts, ses contrées, ses rues pavées, sa verdure, appartenaient à une autre vie. Je ne me doutais pas que j’y retournerais plus tôt que je ne l’avais soupçonné, et je me doutais moins encore que Dorian, pour sa part, ni reviendrait jamais. Et enfin, la question que je redoutais tomba.
– Et… Il avait tourné son regard vers Nathaniel, et je crus voir le sourire du jeune homme changer légèrement, son visage gagnant une instant une expression peu familière. Qu’en est-il de Latika ?
Ce fut tout de même sans rougir, et sans l’ombre de ce qui pourrait éventuellement s’apparenter à des remords.
– Je m’en serais voulu de te décevoir, affirma-t-il sans aucun scrupule. Elle t’attend, elle est impatiente de te revoir, ajouta-t-il dans un clin d’œil.
Le sourire de Dorian se fit radieux. En faire le constat me serra le cœur. Mais je ne pouvais que me forcer à sourire à mon tour. Songeant que s’il était revenu, ce devait surtout être pour elle. Pour ma part, je tentais tant bien que mal de communiquer à Nathaniel l’étendue de mon incompréhension et de mon appréhension, mais Nathaniel, comme à son habitude, semblait confiant… ce qui, comme à son habitude, ne voulait pas dire qu’il l’était pour autant.
– Je savais que je pouvais compter sur toi.
Et en une seconde, une seule, Dorian avait signé son arrêt de mort.




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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 21:00

Comme toujours un chapitre du tonnerre ! Vivement la suite !

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 7 Sep - 21:16

Ouf !!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 5 Oct - 20:35


Chapitre XIII : Un seul voeu




Elle était magnifique. Elle l’avait toujours été, c’était un fait qu’il m’avait fallu accepter avec autant de douleur que de résignation… mais quoi qu’il en soit, jamais elle ne m’avait paru à ce point rayonnante, peut-être parce que le bonheur de l’homme à son bras irradiait, purement et simplement. Là encore, il était douloureux mais nécessaire de le reconnaître : Latika et Dorian formaient un couple superbe. J’aurais voulu tirer quelque satisfaction que ce soit à savoir de quelle trahison première mon ami était la victime, mais quand je les voyais ensemble, j’avais pourtant envie qu’il soit heureux, que le sourire de Latika soit sincère afin de ne pas jurer avec le sien… Elle mentait bien mieux que je ne l’aurais soupçonné. Ses talents de comédienne se sont aiguisés avec le temps, mais elle avait manifestement des prédispositions à la dissimulation… Peut-être parce qu’elle devait cacher le secret de sa famille depuis des années, des décennies, même, avais-je fini par comprendre, un secret aussi lourd ne peut que se dissimuler derrière des sourires de façade. Ils étaient convaincants quoi qu’il en soit, autant que l’étaient les sourires complices qu’adressait Nathaniel à Dorian, comme si cette situation n’éveillait en lui aucun sentiment, même diffus, de jalousie. Bien que le comportement de mon camarade ait toujours été des plus complexes à décrypter, je ne décelais dans son attitude qu’un sain enthousiasme… Et peut-être qu’il n’y avait effectivement que cela. Parce que l’heure était proche. Parce que c’était pour ce soir et qu’il le savait. Ce soir… Voilà des semaines que l’on évoque ce moment, et il me semblait aussi lointain que proche, je me rassurais en me convaincant que ce moment appartiendrait toujours au futur, et en même temps, j’avais le sentiment qu’il arriverait forcément trop vite. Edgar et Nathaniel n’avaient de cesse que d’en parler, ils étaient prêts. Ce n’était pas mon cas…

– Tu n’as pas à t’en faire, me dit-elle à voix basse avec une gentillesse que je ne méritais pas le moins du monde quand Dorian fut hors de portée d’oreilles. Tout va très bien se passer.
Ma nervosité se voyait-elle tant que cela ? Cela n’aurait rien de surprenant, au fond, et je me maudis intérieurement, une fois n’est pas coutume, de ne pas me sentir capable de plus d’assurance. Tous, autour de moi, savaient dissimuler… et moi, moi, j’étais en lutte constante, et cela se voyait. Même si Latika seule voulut bien me le faire remarquer.
– Je ne sais pas comment tu réussis… à faire ça…, dis-je en faisant un très léger signe de tête en direction de Dorian. Elle aurait de bonnes raisons de le prendre mal à plus forte raison que je le pense bel et bien. Mais elle ne s’offusquait pas. Je lui découvrais une propension à sourire presque comparable à celle de Nathaniel. Ils s’étaient peut-être mieux trouvés que je ne l’avais soupçonné.
– Il est plus simple de prétendre aimer que l’inverse, se contenta-t-elle de répondre d’un ton entendu.
Qui coupa bien vite court à toute réplique éventuelle de ma part. Touché.
– Il est l’heure, tes frères vont s’impatienter, dit Dorian avec un sourire, me tirant de l’embarras, récupérant le bras de Latika comme s’il lui avait toujours appartenu.
– Rends-nous le en un morceau, plaisanta Nathaniel dans un clin d’œil tandis qu’ils s’éloignaient pour finalement disparaître de la pièce, nous abandonnant un instant dans un épais silence.

Le plan était si simple qu’il me donnait mille raisons de douter de son efficacité. Dorian servirait sans le savoir de distraction, Latika serait notre complice. Elle l’éloignerait ainsi que ses frères de la caverne le temps suffisant pour nous de rejoindre la lampe. Les gardiens avaient été difficiles à convaincre, mais l’autorité du roi de Féerie et ses accords diplomatiques avec le sultan avaient eu raison de leurs réticences. Latika avait été très claire. Même si Djinn en tolérait davantage, nous n’aurions le droit de formuler qu’un seul vœu, aucun autre. Et nous n’emporterions pas la lampe avec nous. Qu’avait-elle à y gagner ? Le prix, pensais-je, d’un nouveau mensonge de Nathaniel, mais à ce compte je dus apprendre beaucoup plus tard que ce n’était pas forcément elle qu’il avait eu l’intention de trahir cette nuit-là. Nous attendîmes plusieurs longues minutes, dans un silence de connivence, avant de quitter le lieu. Il allait nous falloir marcher longuement, sur le sable et sous une chaleur de plomb. Le jour était sur le déclin, mais les nuits n’en étaient pas moins moites et éprouvantes. Malgré tout nous arrivâmes à bon port. J’avais pour ma part le sentiment d’avoir cheminé jusqu’à cette caverne par trop souvent, même si cela n’était arrivé qu’une seule fois. Mais quel souvenir en avais-je gardé.

Ma présence était indispensable, je le savais, puisque j’étais leur guide pour l’occasion. Sans cela, se seraient-ils embarrassés de ma compagnie ? J’ai la faiblesse de le croire, mais il m’arrive bien souvent de penser le contraire, dans ce qui m’apparaît être des élans de lucidité, que mon absence leur aurait été souhaitable, tout comme à moi. Quoi qu’il en soit, ce fut ma voix tremblante et mal assurée qui prononça le mot de passe qui nous ouvrit l’accès à la caverne, mais si j’étais le plus à même de nous guider à travers les boyaux humides et sombres de ce monstre de pierre, ce fut Nathaniel qui se laissa engloutir tout entier dans ce dédale, tandis que nous guettions près de l’entrée. Il reviendrait avec la lampe. Nous l’emporterions avec nous, première enfreinte aux règles qui nous avaient été imposées. Et pourquoi, après tout, ne formulerions-nous qu’un seul vœu quand le génie pouvait nous en accorder deux ? Edgar attendait, trépignait, pas d’impatience, je crois, mais d’appréhension. Sa confiance en Nathaniel s’arrêtait où commençaient ses intérêts personnels, et sans doute avait-il entrevu ce que moi-même je n’étais pas parvenu à soupçonner de mon côté. Le temps me parut cependant d’une longueur insurmontable à moi aussi, mais Nathaniel reparut finalement, l’objet incandescent entre ses mains.
– Et voilà le travail ! s’exclama-t-il, agitant la lampe magique sous notre nez avec la fierté insolente d’un mauvais joueur en veine.
Edgar tendit les mains comme si l’artefact lui revenait de droit. Nathaniel le lui tendit sans lui opposer l’ombre d’une résistance.
Nous avions longuement réfléchi à la formulation de notre vœu commun. Latika nous avait prévenus : Djinn adorait les pièges. Il allait donc falloir se montrer précis et minutieux, éviter les formules déroutantes ou à interprétations multiples. « Djinn, fais que nous devenions, tous les trois ici présents, les souverains éternels et incontestés de toute terre existante. »
Une seule voix pour nous trois. Il avait été admis qu’il s’agirait de celle d’Edgar. Edgar qui, après un examen minutieux de la lampe, en frotta consciencieusement le dos, parcourant du bout de ses doigts longs et fins le dessin qui s’y trouvait gravé. Alors, une fumée orangeâtre enveloppa chacun d’entre nous, et Djinn nous apparut. Bras croisés sur la poitrine, stature sereine et sévère, une apparence presque humaine, trop présente et pourtant transparente. Bouche bée, les mots me manquaient pour exprimer ma sidération. Je lisais autant de fascination dans les yeux de mes camarades, mais mâtinée d’une ferme volonté de ne pas se laisser impressionner.
– Djinn, déclara Edgar sans plus de cérémonie, comme s’il était pour lui une habitude que de réveiller des génies ancestraux, divinités locales, de leurs lampes magiques. Nous avons un vœu à t’adresser.

Nous avions longuement réfléchi à la formulation de notre vœu commun.

– Fais de moi le roi de Féerie.



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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 5 Oct - 21:25

J'adooooooooore tellement !!!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 5 Oct - 21:33

Ouuuuf

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 19 Oct - 20:27


Chapitre XIV : Le début de la fin




Un vent glacial me parcourt le corps tout entier, mon cœur s’arrête de battre plusieurs secondes durant, je me sens comme figé, et pressé en même temps par une manifeste urgence. Je n’avais rien vu. Comment avais-je pu ne rien voir ? Je n’éprouvais pas tant de déception, ce rôle n’était pas fait pour moi dans tous les cas, ou moins je le pensais… Mais j’éprouvais en revanche un vif sentiment d’horreur. La déception, c’est dans le regard de Nathaniel que je pouvais la lire. La déception, le dégoût, et autre chose… peut-être de la peur, aussi ? En tout cas, c’est sûr, il ne souriait plus. Mon regard passait de l’un à l’autre, Nathaniel déconfit, Edgar satisfait… et alors, mu par un élan que je ne me soupçonnais pas capable de manifester, sans même avoir conscience de ce que je faisais, je me suis précipité vers Edgar, lui ai arraché la lampe des mains. Le regard de Djinn se tourna vers moi. Je sentis mon accès de confiance fondre comme neige au soleil alors qu’il me jaugeait d’un regard pénétrant. Et ce fut la voix tremblante que j’osais prendre la parole… sur le moment, proche de la tétanie, je savais à peine quels mots prononcer. Et je ne comprenais pas tout de suite que ni Nathaniel, ni Edgar, ne me retienne de faire à mon tour un choix égoïste.
– Djinn… Ma voix est si tremblante que je la reconnais vraiment à peine. Fais qu’il n’arrive rien à Dorian…
Je savais qu’il courait des risques, mais avec Edward seul aux commandes, je ne présumais plus rien de ce qui arriverait, je ne présumais plus rien de ce qu’il serait capable de faire. Il nous avait trahis avec une telle nonchalance (que j’estimais plutôt être l’apanage de Nathaniel, pourtant) que j’imaginais son aptitude à se débarrasser de Dorian au-delà d’équivalente… L’être vaporeux me toisait d’un regard de feu. Il s’exprima d’un ton ferme, lointain, détaché…
– Trois vœux seulement.
Sa voix était comme un peu plus lointaine à chaque mot qu’il prononçait, jusqu’à s’éteindre, comme lui, dans un filet de fumée rougeâtre. Une immense chaleur me brûla l’extrémité des doigts, et je fis tomber la lampe sous l’effet conjugué de la surprise et de la douleur. Edgar en profita pour la ramasser presqu’aussitôt. Un silence de plomb nous gagna alors, qui me sembla durer une bonne éternité. Quel vœu Nathaniel avait-il formulé ? Pourrait-il contrarier celui d’Edgar ? Je n’en savais plus rien. Je regardais mes deux amis comme deux étrangers. Puis après un temps, Nathaniel esquissa un premier mouvement. Je crus qu’il allait fondre sur Edgar, et que les deux hommes allaient en venir aux mains… mais ce n’est pas ce qui se produisit. Non, à la place, il fit volte-face, vivement, puis il courut, courut vers une direction inconnue, me laissant seul avec Edgar. Je sentis l’émotion me gagner, j’avais envie de courir, moi aussi, le plus loin possible, à rebours du temps et de l’espace, retrouver Dorian et tenter de le sauver, si c’était encore possible. Mais j’avais le sentiment que mes pieds étaient comme embourbés dans le sable, que je resterais figée là, jusqu’au bout, si rien ne parvenait à me sortir de cet état de latence insoutenable. Ce fut au prix d’un effort monstrueux que je sus articuler une nouvelle phrase… Une question que mon esprit avait déjà trop répétée en quelques fractions de seconde.
– Qu’est-ce que tu as l’intention de lui faire ?
Il m’observa, je ne voyais toujours pas une seule once de regret dans son regard. Ses yeux gris perçant étaient d’une impassibilité angoissante. Il savait ce qu’il faisait, depuis bien plus longtemps que je n’aurais pu le soupçonner, que nous l’avions tous soupçonné, en vérité.
– Tu sais très bien comment les choses vont se passer. Il marqua une pause. Tu n’aurais pas fait ce vœu, sinon. Ses yeux gris me transpercèrent. Je n’ai pas l’intention de te faire quoi que ce soit, Anthony, sinon, ce sera déjà fait. Reste-moi loyal, et tout ira bien.
Je ne voulais pas lui rester loyal. En mon for intérieur, je réfléchissais à toutes les manières possibles de le trahir à son tour et de protéger Dorian… Je ne devais pas me trahir de suite… Et je devais le trahir plus tard. Je ne m’imaginais pas que j’attendrais si longtemps, malgré tout.
– Très bien, tu pourras compter sur moi, dis-je sans nier pour autant le trouble que je ressentais… tenter ne serait-ce que de le dissimuler aurait été d’ores et déjà suspect, d’autant plus que je n’ai jamais été franchement doué pour jouer la comédie. On peut même dire que c’est tout l’inverse.
– J’en suis sûr, répliqua-t-il, qui avait l’air de le croire.
– Et pour… Nathaniel ? demandai-je d’un ton plus qu’hésitant.
– Nous nous occuperons de lui en temps voulu, répliqua l’homme tout proche d’être roi d’un ton excessivement confiant.
Je n’osais pas en demander davantage. Si protéger Dorian était ma priorité, je ne pouvais pas en dire à Nathaniel. Lui aussi, à sa mesure, m’avait trahi. Je devais comprendre son vœu, son désir d’obtenir la jeunesse éternelle, pour demeurer l’égal de Latika, bien des décennies plus tard.
– Pour l’heure, allons retrouver Dorian, tu veux ?
Je ne le voulais pas…

L’anxiété accélérait les battements de son cœur, lui donnait la nausée, elle avait envie de s’isoler, de s’isoler et de l’attendre, mais elle avait un mauvais, un très mauvais pressentiment. Elle n’aurait jamais dû accepter, elle aurait dû… convaincre Nathaniel d’abonder dans un autre sens… mais Nathaniel n’écoutait rien, ni personne… pas même elle, même si certaines de ses promesses ne lui paraissaient pas si creuses en fin de compte. Elle soutenait chacun des regards que Dorian pouvait lui adresser, avec de plus en plus de malaise. Et ce fut alors que la nouvelle tomba. Elle savait, elle appréhendait, elle avait presque deviné, mais elle n’avait pas compris. Un garde du sultan passa précipitamment le pas de la porte, tirant ses frères et Dorian d’une conversation à laquelle elle n’avait pas vraiment eu l’énergie de prendre part.
– Le sultan vous demande. Immédiatement.
Le ton de sa voix était à la fois directif et paniqué.
– Vous aussi, ajouta-t-il d’un ton sévère à l’adresse du roi de Féerie.
C’était maintenant que tout commençait. Et que tout s’achevait.



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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 19 Oct - 21:37

Toujours aussi parfait !!!

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   Ven 19 Oct - 21:58

Mouirf, si seulement xD
Merci

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Message#Sujet: Re: Fiction - Les Ailes arrachées [Partie 3]   

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