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 Les ailes arrachés

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Sam 27 Fév - 12:39

Uhu, pour ça que je suis contente qu'il y ait quand même des choses dont tu ne sois pas au courant
Je suis contente

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mar 22 Mar - 1:01

Wouuuush !
Et deux chapitres pour le prix d'un, deux !!
Le train m'a un peu aidée
C'est sur ces deux chapitres que se clôture la première partie de ma fiction
La deuxième partie arrivera dès que j'aurais relu et corrigé la première (qui en aura grand besoin Razz )

(pas de grosse présentation rp cette fois, ma connexion me fait des misères Razz )


Chapitre XX : Liberté




La peur à son paroxysme. Mêlée à un profond agacement. Non, ce n’était pas de l’agacement. C’était de la colère. Une colère sourde et violente. Si l’instant y avait été propice, j’aurais été capable, je crois, de réitérer ce mouvement cruel. Oh, la perspective de sentir le cœur de Nathaniel s’arrêter à mesure que s’y enfoncerait une dague tranchante ! Comme pour le garde, oui… Comment pouvait-il demeurer si serein alors que, abordant l’île, une fumée épaisse et noire nous agressait les yeux et les narines ? Son sourire, j’éprouvais plus que jamais l’envie, le besoin, de l’arracher, de le tordre, de le réduire à d’infimes lambeaux de chair. Mais il n’était pas l’ennemi. Ou du moins, il n’était pas l’ennemi, pour le moment. L’ennemi, lui, attendait tranquillement que nous daignions sortir de notre embarcation. Lui aussi avait un sourire aux lèvres, mais c’était un rictus glacial. Les yeux gris et perçants d’Edgar ne s’attardèrent qu’une seconde sur moi (seconde qui, au demeurant, me sembla durer une éternité) et se posèrent bien plus longtemps sur Nathaniel. Son regard était indéchiffrable, comme celui de l’ancien prisonnier… Moi, entre eux, je me sentais de plus en plus mal à l’aise, comme un élément du décor. Mes doigts étaient crispés sur la crosse de mon revolver, du moins celui qu’Anthony m’avait confié, poids mort entre mes mains, moi qui était convaincue de ne pouvoir ou savoir m’en servir, mais comme rassurée de croire n’avoir qu’à appuyer sur une gâchette. Oui, j’étais un élément du décor. Mais un élément particulièrement dérangeant, aux couleurs criardes, dont on ne pouvait pas faire complètement abstraction. Et qui tenait entre ses mains une arme qui aurait pu faire bien plus de dégâts si ces mains avaient été plus expertes.

– J’aurais dû m’en douter… finit par dire le roi, après un silence qui me parut tout bonnement interminable. Tes ambitions t’ont trahi, Nathaniel.
– Que tu es cérémonieux. répondit le fugitif d’un ton étrangement chaleureux. Depuis le temps, j’espérais un autre accueil de ta part.
– Tu auras l’accueil que tu mérites, n’aies crainte. Chaque chose en son temps. Et nous en avons à rattraper…
C’était parfaitement surréaliste. Que je ne comprenne rien à ces retrouvailles passait encore, à force, j’avais bien fini par deviner que quelque chose dans l’histoire de Nathaniel m’échappait complètement (et je devais reconnaître être quelque part surprise que le roi le connaisse bel et bien, à force, je n’avais pu qu’émettre l’hypothèse d’avoir affaire à un véritable malade mental dont j’entretenais avec soin le délire – quoi que je serais encore bien incapable à ce jour de juger de la sanité d’esprit de cet homme)… mais qu’ils puissent ainsi tailler le bout de gras quand le feu embrasait la prison, c’était une autre affaire. Pourquoi Nathaniel ne se pressait-il pas ? N’avait-il pas prétendu que nous venions libérer les prisonniers de l’île ? Mais pourquoi l’ai-je seulement cru, pour commencer ?
– Dix-neuf ans, Edgar, dix-neuf ans… tu aurais au moins pu venir me rendre visite.
À ces mots, le roi répliqua d’abord par un sourire désabusé.
– J’étais très occupé, vois-tu. À assumer les choix que tu n’as pas su faire.
– C’est vrai, répliqua Nathaniel, cynique, tes choix admirables t’auront permis un règne inutile. Et court.

– Nathaniel !

Ma voix avait interrompu leur joute verbale sans même qu’il me soit permis d’en avoir l’impression. La fumée agressait ma boîte crânienne. Étais-je la seule ? Je ne voulais pas faire l’arbitre, je voulais faire ce pour quoi je pensais être revenue.

Les yeux de cendre du roi se posèrent aussitôt sur moi, et le sourire qui se déposa sur ses lèvres me fit désagréablement penser à ceux dont mon voisin avait si souvent l’habitude. Du regard au geste, une fraction de seconde seulement avait dû s’écouler. Je n’ai quoi qu’il en soit rien vu, à peine senti. Il avait fondu sur moi comme un rapace sur sa proie, ses ongles sur ma gorge comme les serres aiguisées d’un corbeau. Puis il y eut un bruit sourd, la pression sur ma gorge s’était relâchée et Nathaniel, qui tenait à présent Edgar en joug, ne m’adressa que ces mots :

– Je reviendrai te chercher.

Il me lança la fiole, celle que cette femme dans la forêt, Odelle, lui avait remise. Une clé, avait-il dit.

Je ne vis rien du combat qui s’engagea alors entre le roi (bientôt secondé par plusieurs gardes armés, qui avaient visiblement attendu le moment d’agir) et Nathaniel. J’échappai à une volée de flèches en me précipitant dans le château-prison. Une fois à l’intérieur, je rangeai le revolver dans ma ceinture. Les flammes avaient avalé une grande partie de la bâtisse. Je crus aspirer une bouffée toxique de cet air que l’on doit respirer en enfer, et dont je devrais bientôt pouvoir goûter éternellement. Je considérai alors la fiole et son contenu mauve. Sans doute aussi toxique que la fumée que j’inhalais. Je devais être folle. Ou désespérée. Peut-être les deux. Je l’avalais d’une traite.

Ce fut comme si l’on avait, d’un coup d’un seul, creusé un trou immense au creux de ma gorge jusqu’aux poumons. Je prenais une bouffée d’air impur, et il avait la saveur d’un vent frais. La chaleur avait déserté mon corps, les flammes pouvaient lécher mon épiderme, je n’aurais rien senti. La mort en marche, peut-être ? Je n’avais pas le temps de réfléchir. Je me précipitai dans le bureau d’Emma – où cette dernière ne se trouvait évidemment pas – et y dérobai son trousseau de clés, me précipitant en direction des geôles. J’ouvrais chaque cage, le cœur battant. Le feu n’avait pas encore eu le temps de s’imposer en ces lieux, mais la fumée tournait les sens de ces chers pensionnaires qui, pour certains, ne semblèrent pas même capables d’esquisser le moindre mouvement. J’eus l’égoïsme de ne pas les assister. Certains se précipitaient vers la sortie, d’autres non, je ne réfléchis pas davantage. Moi, je me précipitai vers la cage de Daphnée, et mon cœur cessa de battre plusieurs secondes en la découvrant, allongée, ventre à terre. Elle respirait faiblement. Trop faiblement. Je la portai dans mes bras. Elle me donnait le sentiment d’avoir la consistance d’une poupée de chiffon, aussi légère que les nuages sur lesquelles j’avais le sentiment de flotter. Je sus à peine comment je parvenais à regagner l’air libre par la porte de derrière. J’y parvenais, c’est tout. Saine et sauve. Je crois.

Dehors, l’agitation avait atteint son seuil le plus élevé. Je ne faisais qu’entendre, je n’en voyais rien. Je m’étais précipitée, Daphnée toujours dans les bras, comme plusieurs prisonniers, dans le cimetière. Une course folle à travers les tombes, vers nulle part. Je ne m’arrêtai pas. Ne me serais sans doute jamais arrêtée si quelque chose, comme une main, ne s’était pas déposée sur mon épaule. La panique me serra l’estomac, et, dans le même temps, j’eus le sentiment de respirer à nouveau normalement. La lumière bleue. Mais elle n’avait plus rien de disparate ou d’abstraite, elle avait forme humaine, celle d’une jeune femme. Mais à la peau bleue translucide et lumineuse. Elle attrapa Daphnée, la serra dans ses bras transparents.
– Je m’occupe d’elle. dit-elle d’un ton étrangement apaisant.
Je ne sus quoi répondre. Eh ! je ne savais pas même à qui… à quoi j’avais à faire. Elle m’inspirait pourtant confiance, sans que je ne puisse réellement dire pourquoi.
Elle baissa les yeux, désigna d’un geste de la tête l’arme que je portais à la ceinture.
– Tu vas en avoir besoin. Elle arrive.

Elle ?

Je n’eus rien le temps de demander, la lumière s’était déjà éloignée, portant Daphnée. Celle-ci me parut suspendue dans les airs, tout à coup, portée seulement par une vapeur opaline. Puis il y eut un grognement. Ce grognement de chien enragé que j’avais déjà entendu. Dans cette pièce sombre et vide du château où Anna m’avait cachée. Je me retournais, terrifiée. D’un même mouvement, je tirai mon revolver de ma ceinture. Il était dorénavant braqué sur la bête. Cette créature aux dents acérés que je découvrais à la lumière pour la première fois. La lumière relative de la lune et des étoiles, certes, mais suffisante pour que je puisse découvrir en détail ce poil gris sombre et hirsute, ces dents aiguisées, ces babines dégoulinantes de bave. Il me fit basculer d’un coup de patte, marquant de son empreinte le bras qu’il avait déjà blessé. La balle partit aussitôt.

J’aurais voulu faire le récit épique d’un combat acharné. Mais le combat n’eut rien d’acharné. Le combat n’eut rien d’un combat. Le hasard voulut que la balle traverse le crâne de la créature qui, dans un glapissement déchirant, s’effondra au sol. Elle agita ses pattes dans le vide un instant, dans un grognement apitoyant. Puis plus rien. Pas le silence, car j’entendais encore, de l’autre côté du château, l’écho des combats qui devaient opposer les gardes du roi aux fugitifs qui n’avaient pas fui par le champ funéraire. Ceux-là n’avaient aucune chance de s’en sortir. Mais comme un silence quand même, parce que l’ouïe n’avait plus usage quand le spectacle auquel j’assistai accaparait ma vue et taisait tous mes autres sens, si bien que j’oubliais l’odeur de la fumée et de la mort. L’odeur d’un sang trop souvent versé. L’odeur de mon sang. Au sol, la bête s’était progressivement transformée jusqu’à prendre l’apparence d’une jeune femme à la longue chevelure blonde, aux yeux clairs mais à présent vides. C’était comme assister au cruel spectacle de sa propre mort.

– Anna ?

Oui, c’était Anna, bien sûr, que c’était Anna, je la reconnaissais comme on reconnaît son reflet dans le miroir, à l’instinct, au cœur, puis, seulement après, à la logique.
Mais quelle logique y avait-il à cela ? Le corps d’Anna bringuebalait entre mes bras. Plus de pouls, plus de souffle. Ma sœur était morte et je venais de la tuer.

J’avais assassiné ma propre sœur.



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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mar 22 Mar - 1:02


Chapitre XXI : Le cercle




À force d’entendre le silence, on y découvre les bruits du monde. Ou, en tous cas, ceux de ce monde réduit et étrange qu’était la prison de l’île des soupirs. Ils étaient toujours les mêmes, ces bruits, elle n’avait pas mis longtemps à les reconnaître, à les distinguer les uns des autres. Elle pouvait distinctement savoir à qui appartenait quel bâillement, quel sanglot, quel éternuement, quel gémissement de douleur, de désespoir et de colère. La tâche était, bien sûr, rendue plus complexe par l’arrivée de nouveaux pensionnaires, mais si peu, finalement. Il y avait de la routine dans l’horreur. Seul son voisin de cellule semblait n’y avoir jamais succombé, il perturbait parfois ses observations, mais jamais au point qu’elle ne puisse juger par avance d’une agitation anormale. Elle n’était pas une fée ou une sorcière, mais quand les vents changeaient, elle le sentait. Grâce aux bruits du monde. Daphnée ne parlait pas, mais elle écoutait. Et elle entendait mieux que personne. Aux premiers pas qu’avait faits Éléonore dans les couloirs de la prison, elle avait su. Et ce soir-là aussi, elle sut. Elle sut que l’attitude d’Emma n’était pas normale, elle sut que la présence de cet homme corpulent, celui qui avait libéré Nathaniel, était encourageante. Elle savait qu’elle devait se tenir prête. Elle savait qu’elle aurait mal, aussi. Elle n’avait pas contrarié le destin, elle l’avait attendu. Les yeux fermés, elle s’y était abandonnée, aux bruits du monde. De son monde restreint qui ne demandait qu’à s’élargir. Ils étaient devenus cris et crépitements. Elle avait humé l’incendie, et accueillit l’inconscience comme on accueille un ami de longue date.

Ses yeux s’étaient entrouverts dans les bras d’Éléonore. Elle avait senti les battements accélérés de son cœur contre son oreille, entendu son souffle haletant. Elle avait voulu esquisser un geste, prononcer un mot, elle qui en disait si peu, et ne lui en avait jamais dits. Elle en fut incapable. Elle se laissa bercer par le destin, dont les bras et le visage avaient ceux de sa gardienne… Puis la teinte bleutée de l’océan, des mains glacées comme une pluie d’automne, l’étreignirent soudain. Elle ne sut protester. Elle entendait seulement la voix à son oreille et, dans le lointain, comme le grognement d’un chien sauvage.
– Tu vas devoir rester là jusqu’à ce qu’on vienne te chercher, lui dit la voix, d’une douceur incroyable.
Daphnée se surprit à acquiescer doucement. Ses yeux se levèrent vers un visage transparent et bleuté. Un sourire accueillit son fin hochement de tête.

L’odeur pestilentielle acheva de la réveiller de sa torpeur. Elle eut un haut-le-cœur qu’elle réprima difficilement tandis que la femme bleue la déposait sur un lit de cadavres comme un enfant dans un landau, dans un geste maternel. Daphnée en savait l’existence, de cette fosse où s’entassaient les corps que les tombes ne savaient plus contenir, mais jamais elle n’avait pensé s’y laisser transporter un jour. Et vivante, surtout. Pourtant, elle avait confiance dans cette femme étrange, elle qui ne voulait pourtant plus faire confiance à quiconque. Malgré le parfum de chair en décomposition, malgré l’horreur. La femme en bleu déposa un doigt sur ses lèvres pour l’inviter à un silence dont elle avait appris depuis longtemps à faire preuve, et Daphnée obéit à cet ordre silencieux. Même quand une détonation bruyante perça l’air, accompagnée d’un gémissement inhumain, elle ne cilla pas. Elle songea à Éléonore sans se résigner à la secourir comme elle l’avait secourue. Elle l’aurait sauvée pour rien. Elle sentit une main se refermer autour de ses doigts. Elle n’osa regarder à qui elle appartenait. Un autre prisonnier, comme elle, sans doute. Il s’écoula deux longues heures, au cours desquelles plusieurs hommes patrouillèrent à travers les tombes, et au cours desquelles Daphnée crut tourner de l’œil plusieurs fois, avant que tout mouvement cesse. Il fallut une heure supplémentaire pour qu’une ombre familière s’élève au-dessus de la fosse et l’intime, ainsi qu’aux autres, de quitter leur cachette. Ils furent une dizaine à cesser de jouer aux morts. Emma les considéra d’un regard éteint.

– C’est fini, maintenant. Vous n’avez plus rien à craindre.




Il me regarda comme on regarde un fantôme, puis un sourire sincère illumina son visage quand il déposa un baiser sur mes lèvres.
– J’attendais ton retour.
Gabriel semblait sincère et heureux, comme s’il découvrait son épouse pour la toute première fois depuis leurs noces. Peut-être parce que c’était le cas. Il fit semblant de rien, mais je suis convaincue qu’il avait compris. Qui aurais-je pu tromper, d’ailleurs, même ainsi apprêtée et lavée ? Je n’avais ni le sourire d’Anna, ni son assurance… ni rien de ce dont elle ne pourrait jamais plus faire preuve. Par ma faute.
Gabriel se réjouissait. Je doute fort qu’il ait su. Il voyait au-delà de mon identité réintégrée, il savait avoir sous les yeux la véritable Éléonore, mais je ne pense pas qu’il ait jamais su ce qu’il était advenu d’Anna. Je le lui souhaite. De mon bestiaire personnel, il est l’un des rares que je n’ai jamais eu à considérer comme un monstre.

Je prétextais être fatiguée. Il n’insista pas. Et quand je prétendais rejoindre ma chambre, je courais, en vérité, trouver le seul autre qui ne puisse être un monstre à mes yeux. Anthony avait dû savoir que je le chercherais. Il m’attendait devant cette même chambre que j’avais cru fuir. Nous ne prononçâmes pas le moindre mot d’abord, nous contentant tous deux de pénétrer dans la chambre en silence. Le silence eut le temps de s’épaissir encore de nombreuses minutes. Que dire ? Par quoi commencer ? J’aurais aimé qu’Anthony parle le premier. Il n’en faisait rien. Il me fixait, seulement, il attendait.

– Alors… osais-je m’exprimer finalement. Tout finit où on a commencé. Je suis l’épouse de Gabriel. Ma voix se brisa légèrement. Rien n’a changé. Sauf que j’ai tué ma sœur.
J’ai brassé du vent, et emporté Anna dans la tempête.
Anthony sembla hésiter un instant, puis s’approcha finalement de moi, déposa une main sur mon épaule.
– Tu ignores à quel point tu as tout changé, Éléonore, répondit-il doucement. Tu n’as pas tué Anna. Ce qu’Edgar a fait d’elle, ce n’est pas ta sœur.
Je poussai un profond soupir. Était-il temps de jouer avec les mots ? Je préférais les faits, les certitudes. Et ceux-ci étaient que le cadavre de ma sœur s’était trouvé à mes pieds. Rougi d’une balle en plein crâne. Que j’avais tirée. Jamais je ne me le pardonnerais, jamais. À cette seule pensée, à cette simple vision, je me sentais trembler de tous mes membres.
– C’est elle qui m’a attaquée, au château, n’est-ce pas ? Elle marqua une pause. Et à ce moment-là, tu savais que c’était elle ?
Ce n’était pas une question. Je le savais. Et il me le confirma d’un hochement de tête.
– Anna a… elle a découvert une chose qu’elle n’aurait jamais dû savoir.
– Anthony, répliquai-je, sévère. D’un ton que je découvrais plus autoritaire que ce dont je me serais crue capable de prime abord. Plus de mystères, plus de secrets. Dis-moi ce que tu sais, c’est tout.
Il hocha de nouveau la tête, prit une grande inspiration. La tâche semblait complexe. Il prit son temps, sans doute pour trouver le meilleur moyen de m’expliquer… Finalement, son regard parcourut le mur et s’arrêta sur le portrait de Bertille.
– Tu dois avoir compris qui elle était, à présent.
– La mère de Victoria.
Soudain, l’idée me vint que ce n’était peut-être pas le hasard ou l’urgence qui avaient poussé Anthony à me conduire dans cette tour sans porte et à l’unique fenêtre. Avait-il voulu que je découvre ce journal ? Que je comprenne ? J’ai envie de le croire, mais je n’en ai jamais eu la confirmation. Parfois, Anthony savait se montrer aussi cryptique que Nathaniel.
– Edgar l’a confiée à tes parents quand elle n’était qu’un nourrisson. Ils devaient prétendre qu’elle était leur enfant. En échange de quoi, Gabriel épouserait l’une de leurs deux filles.
J’écoutais sans l’interrompre, horrifiée.
– Anna l’a découvert. Elle a exigé de devenir celle qui épouserait Gabriel, sans quoi elle révélerait la vérité à qui voudrait l’entendre.
Je ne disais toujours rien, mais songeais à présent à l’attitude d’Anna après ma rencontre avec le prince. Le hasard m’avait placée sur son chemin avant elle… Ou bien… Il m’avait prise pour elle, tout simplement.
– Cette promesse n’a pas suffi à Edgar. Si qui que ce soit d’autre venait à découvrir l’existence de Victoria, prétendante légitime au trône, c’était sa réputation et ses plans entiers pour le royaume qui devaient s’effondrer. Et aussi… Elle a appris une chose que personne d’autre n’avait su jusqu’alors. Il laissa sa phrase en suspens. Edgar est le père de Victoria.
J’ouvris de grands yeux, interdite.
– Mais Bertille…
Il ne répondit pas, me laissant le soin de comprendre de quelle sorte de relation avait été issue celle que j’avais si longtemps prise pour ma sœur.
– Il a fait appel à une sorcière. Qui a maudit Anna. Pour une heure, chaque nuit…
– … Elle se change en loup.
Il approuva d’un geste de la tête.
– Anna a tué Victoria.
Anna a tué Victoria. J’ai tué Anna. Ce n’est pas seulement elle, c’est notre famille entière, qu’il a maudite.
– Oui.
– Mais elle… elle n’était pas consciente de ce qu’elle faisait, n’est-ce pas ?
Anthony baissa les yeux.
– Elle savait ce qu’elle faisait. Mais Edgar… a eu tout le loisir de nourrir sa haine, sa jalousie, sa colère… Elle exécutait les ordres du roi, elle en avait conscience.
– Le soir où elle m’a agressée… c’est elle qui m’a demandé de me cacher.
Pourquoi le faire si elle avait l’intention de me faire du mal ?
– Le cœur ne se domestique pas aussi bien que la raison. J’ignore ce qui se serait passé, ce soir-là, si je n’étais pas intervenu. Peut-être aurait-elle désobéi.
Mais peut-être pas.

Je m’asseyais, je sentais la terre tourner sous mes pieds, un désagréable sentiment de vertige duquel aucune pensée ne me sauverait. Je fermai les yeux, et je voyai le cadavre de Victoria, le loup féroce, le corps d’Anna, le sourire de Nathaniel, Daphnée, respirant à peine…

– Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? …Nathaniel ?
Anthony m’adressa un regard entendu.
– Aux cachots. Edgar tient à… il grimaça légèrement… l’exécuter dans les règles de l’art.
– Je sais que tu le connais bien, et Edgar aussi, mais je ne comprends pas…
-Il te l’expliquera lui-même, me coupa-t-il. Il planta son regard dans le mien. J’y découvrais une intensité neuve. Je te l’ai dit, Éléonore, tu as tout changé. Conformes-toi aux exigences d’Edgar, tu n’auras pas à lui obéir longtemps. Promets-moi seulement d’attendre.

– Attendre quoi ?

La résistance.




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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mar 22 Mar - 1:14

Mon dieu Anna est MORTE !!!
Et tuée par Eleonore en plus ! Je suis sous le choc

Ces deux chapitres me boulverse, j'ai hâte de voir la deuxième partie

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mar 22 Mar - 17:36

Je suis contente que ça t'ait plu
(et ouais, j'ai gardé le suspense autant que j'ai pu Razz )

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mer 23 Mar - 13:17

Ces derniers chapitres éveillent en moi des sentiments contraires... Suspect

Premièrement... SUIS UN LOUP-GAROU ?!! affraid
Deuxièmement... ELY M'A TUÉE ?!! affraid
Troisièmement... C'est quand la suite ?


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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Mer 23 Mar - 17:41

xDDD je l'avais dit, hein, que tous les persos du forum ne devraient techniquement pas y être
J'essayerai de faire vite... donc selon mes critères, quoi

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Jeu 24 Mar - 22:21

Oh god...

J'ai mis du temps à me mettre à jour mais je ne suis pas déçue d'avoir lu d'une traite tous les chapitres manquants. La curiosité et l'envie d'en savoir toujours plus n'auraient fait que me ronger !!!

C'est juste fou ce que tu écris, tant de talent, je suis sans voix et je te remercie

C'est peut-être des biens grands mots mais, vraiment, j'ai bien plus qu'adoré te lire et j'ai drôlement hâte, je meurs même d'impatience, de lire la suite des aventures de tous ces êtres détruits de l'intérieur

MERCI
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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   Jeu 24 Mar - 22:27

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Ça me touche beaucoup

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Message#Sujet: Re: Les ailes arrachés   

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